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Faut-il réaliser ses fantasmes ?

Regard clinique · Sexologie

Faut-il réaliser ses fantasmes ?

Un fantasme n’est pas nécessairement un projet. Tour d’horizon des différences entre fantasme, envie, préférence et passage à l’acte.

Tissu de soie bleu profond drapé, image de l’imaginaire et du fantasme.

De nombreuses personnes s’interrogent sur leurs fantasmes sexuels. Certaines se demandent si leurs fantasmes sont normaux. D’autres craignent qu’ils révèlent quelque chose de caché sur leur personnalité. D’autres encore se demandent si elles devraient les réaliser pour être pleinement épanouies.

Ces questions sont particulièrement fréquentes lorsque les fantasmes concernent le BDSM, la domination, la soumission, les relations ouvertes, le polyamour, l’infidélité, l’exhibition, le voyeurisme ou d’autres sexualités alternatives.

Pourtant, un fantasme n’est pas nécessairement un projet.

Qu’est-ce qu’un fantasme ?

Un fantasme est une représentation imaginaire susceptible de provoquer de l’excitation, de la curiosité, du plaisir ou de l’émotion. Il peut prendre la forme d’une image, d’une scène, d’une histoire, d’un scénario ou d’une sensation.

Les fantasmes sexuels sont extrêmement fréquents et participent souvent à la vie sexuelle, que l’on soit célibataire ou en relation. Avoir des fantasmes n’est généralement pas le signe d’un problème psychologique ou sexologique. À l’inverse, ne pas en avoir n’est pas davantage un manque.

On pense qu’ils peuvent parfois prendre racine dans les premiers émois sexuels, mais aussi dans toute une variété d’émotions et de désirs — éprouvés ou réprimés — au fil de la vie. Ils gardent ainsi la trace de notre histoire intime plutôt qu’un programme à exécuter.

Nous avons aussi, généralement, une poignée de fantasmes plus persistants, qui nous accompagnent souvent depuis longtemps, tandis que d’autres apparaissent et s’effacent au fil du temps.

Fantasmer n’est pas vouloir

L’une des confusions les plus fréquentes consiste à penser que tout fantasme correspond à un désir de passage à l’acte. Pourtant, dans la vie quotidienne, nous faisons constamment la différence entre imagination et action.

Nous pouvons rêver de vivre à l’autre bout du monde sans vouloir déménager. Imaginer quitter notre travail sans avoir l’intention de le faire. Ou apprécier un film sans souhaiter vivre ce qu’il raconte. La sexualité fonctionne souvent de la même manière.

Nos fantasmes ne se commandent pas. Comme les pensées et les rêves, ils surgissent sans qu’on les choisisse et échappent largement à la volonté. On n’est pas plus responsable d’un fantasme que d’un cauchemar : ce qui nous appartient, ce n’est pas son apparition, mais la place qu’on décide de lui donner.

Fantasme, envie, préférence, projet

Ces mots sont souvent utilisés comme s’ils étaient interchangeables. Ils ne désignent pourtant pas la même chose.

  • Le fantasme appartient à l’imaginaire.
  • L’envie correspond à une attirance ou à une curiosité.
  • La préférence sexuelle correspond à ce que nous apprécions réellement lorsque nous le vivons.
  • Le projet implique une intention de passage à l’acte.

Tous les projets commencent généralement par une envie. Toutes les envies ne deviennent pas des projets. Et tous les fantasmes ne deviennent pas des envies.

Ce qui nous attire n’est pas toujours la pratique elle-même

Nous avons tendance à nous concentrer sur le contenu visible du fantasme. Pourtant, ce qui nous attire se situe souvent ailleurs.

Une personne qui fantasme la domination ne recherche pas forcément le pouvoir. Elle peut rechercher l’intensité émotionnelle, la confiance, le sentiment d’être désirée ou la possibilité de sortir temporairement du rôle qu’elle occupe dans sa vie quotidienne.

Une personne qui fantasme une relation avec plusieurs partenaires ne souhaite pas nécessairement ouvrir sa relation. Elle peut être attirée par l’idée de liberté, de nouveauté ou de séduction.

Le même fantasme peut ainsi avoir des significations très différentes selon les personnes. La question la plus utile n’est souvent pas « Qu’est-ce qui m’attire dans ce fantasme ? » mais plutôt : « Qu’est-ce que ce fantasme me permet de ressentir ? »

Le fantasme n’a pas toujours vocation à devenir réel

Certains fantasmes tirent précisément leur intérêt du fait qu’ils appartiennent à l’imaginaire. Le fantasme permet parfois d’explorer, de mettre en scène ou de résoudre dans l’imaginaire ce qui ne peut pas, ne doit pas ou ne souhaite pas être réalisé dans la réalité.

Une personne peut fantasmer une infidélité tout en étant profondément attachée à la fidélité. Une autre peut fantasmer une relation de domination sans souhaiter vivre cette dynamique au quotidien. Dans ces situations, le fantasme n’est pas une répétition générale avant le passage à l’acte. Il constitue une expérience imaginaire qui possède sa propre valeur.

Le mouvement va d’ailleurs dans les deux sens. Une personne polyamoureuse peut fantasmer l’exclusivité sans que cela signifie qu’elle doive quitter le polyamour. Fantasmer le mariage ne veut pas dire en soi qu’on a trouvé la bonne personne. Un fantasme qui pointe vers la norme n’est pas plus un projet qu’un fantasme qui s’en écarte.

Quelques réalités à connaître

Nos fantasmes évoluent comme nos goûts et nos relations — ils peuvent apparaître, disparaître ou se transformer. Cette évolution n’est généralement pas problématique.

Fantasmer sur une autre personne ne constitue ni une action, ni une promesse, ni une intention. Il est possible d’aimer profondément son partenaire et d’avoir malgré tout des fantasmes impliquant d’autres personnes.

Révéler un fantasme ne signifie pas automatiquement souhaiter le réaliser. Cela ne constitue ni une demande implicite, ni un consentement, ni un accord.

À retenir

  • Les fantasmes font partie de l’expérience humaine.
  • Ils ne constituent généralement ni un problème, ni une obligation de passage à l’acte.
  • Un fantasme n’est pas nécessairement une envie.
  • Une envie n’est pas nécessairement un projet.
  • Un projet n’est pas nécessairement une préférence durable.
  • Révéler un fantasme ne constitue ni un consentement ni une demande de réalisation.

Peut-être que la question la plus intéressante n’est finalement pas « Que signifie ce fantasme ? » mais plutôt : « Qu’est-ce que ce fantasme m’apporte, et quelle place ai-je envie de lui donner dans ma vie ? »

Si un fantasme vous donne envie d’explorer à deux, en parler clairement en amont — désirs, limites, curiosités — change tout. J’ai adapté un outil de consentement éclairé, le RBDSM-PB, libre à télécharger, pour poser ces mots sans malaise.

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