Article · Sexologie
Les 4 phases de la réponse sexuelle : le modèle de Masters & Johnson
Comprendre les 4 phases de l’excitation pour mieux se connaître.

En 1966, William Masters et Virginia Johnson publient Human Sexual Response — une œuvre qui va révolutionner notre compréhension de la sexualité humaine. Pour la première fois, deux chercheurs observent et mesurent en laboratoire les réactions physiologiques du corps pendant l’activité sexuelle. Ce qu’ils décrivent, c’est un cycle en quatre phases, identique dans ses grandes lignes chez la femme et chez l’homme. Un cadre qui reste aujourd’hui un pilier de la sexologie clinique.
Qui sont Masters & Johnson ?
William Masters était gynécologue à l’Université Washington de Saint-Louis. Virginia Johnson, psychologue de formation, l’a rejoint comme chercheuse en 1957. Ensemble, ils ont étudié plus de 10 000 cycles de réponse sexuelle chez 382 femmes et 312 hommes sur une période de onze ans. Leur méthode, bien que controversée à l’époque, a posé les bases d’une sexologie rigoureuse et dépsychiatrisée, centrée sur le corps et l’expérience vécue.
Les 4 phases du cycle de la réponse sexuelle
Un modèle séquentiel qui décrit comment le corps répond à la stimulation sexuelle.
① Phase d’excitation
C’est le démarrage du cycle. Sous l’effet d’une stimulation — physique, visuelle, imaginaire — le corps commence à se préparer à l’activité sexuelle. Chez la femme, on observe une lubrification vaginale et une érection du clitoris. Chez l’homme, une érection pénienne. La fréquence cardiaque augmente, les mamelons peuvent se durcir, et les organes génitaux se congestionnent de sang (vasodilatation). Cette phase peut durer de quelques minutes à plusieurs heures selon les individus et le contexte.
② Phase de plateau
L’excitation atteint un niveau élevé et se stabilise. Le corps est en état de forte tension musculaire (myotonie). Chez la femme, le vagin continue de s’élargir et le clitoris se rétracte légèrement sous le capuchon clitoridien. Chez l’homme, le gland se colore davantage et des sécrétions pré-éjaculatoires apparaissent. Cette phase est celle où la connexion au partenaire et à ses propres sensations joue un rôle crucial. Elle peut être prolongée intentionnellement pour intensifier le plaisir.
③ Phase orgasmique
C’est le point culminant du cycle — la phase la plus brève, mais la plus intense. Elle se caractérise par des contractions rythmiques involontaires des muscles du périnée (toutes les 0,8 seconde environ), une élévation maximale de la fréquence cardiaque et respiratoire, et un afflux de bien-être lié à la libération d’ocytocine et de dopamine. Masters & Johnson ont montré que la physiologie de l’orgasme est fondamentalement similaire chez la femme et chez l’homme, même si les déclencheurs et les vécus subjectifs diffèrent. Contrairement aux idées reçues, les femmes ne connaissent pas de période réfractaire et peuvent enchaîner plusieurs orgasmes.
④ Phase de résolution
Le corps revient progressivement à son état de repos. La congestion génitale se résorbe, la fréquence cardiaque ralentit, les muscles se relâchent. Une sensation de détente profonde et de bien-être s’installe, souvent accompagnée de somnolence. Chez l’homme, une période réfractaire s’impose : un délai incompressible avant qu’une nouvelle érection et un nouvel orgasme soient possibles. Sa durée varie de quelques minutes à plusieurs heures selon l’âge et la santé.
Ce que ce modèle explique — et ce qu’il ne dit pas
Le modèle de Masters & Johnson a été fondateur, mais il n’est pas sans limites. En décrivant un cycle linéaire et universel, il a tendance à normer une expérience qui est, en réalité, profondément variable. Il laisse peu de place au désir comme moteur initial (c’est Helen Singer Kaplan qui ajoutera cette dimension en 1979), à la dimension relationnelle, émotionnelle ou culturelle de la sexualité.
Des modèles plus récents, comme celui de Rosemary Basson (2000), intègrent le désir réactif féminin et soulignent que pour beaucoup de femmes, la réponse sexuelle ne suit pas ce schéma linéaire mais s’inscrit dans une dynamique circulaire, où l’intimité et la satisfaction émotionnelle jouent un rôle central.
En pratique clinique, comprendre ces phases permet d’identifier à quelle étape une difficulté peut surgir — trouble du désir, problème d’excitation, anorgasmie, douleurs à la pénétration — et d’y répondre de façon ciblée.
Quand les phases sont vécues autrement
Le bien-être associé aux différentes phases de la réponse sexuelle est souvent présenté comme allant de soi. Or, pour certaines personnes, ces mêmes phases peuvent être vécues comme douloureuses, désagréables ou émotionnellement éprouvantes — non par anomalie, mais en raison de particularités physiologiques, neurologiques, ou du poids d’expériences passées (traumatismes, conditionnements, honte apprise). Quelques tableaux cliniques illustrent cette réalité souvent méconnue :
Le SGEP — Syndrome des Génitaux Excités Persistants se caractérise par une excitation génitale spontanée, continue et non désirée. Loin du plaisir, cette phase d’excitation devient une source de souffrance physique et psychologique intense, parfois invalidante.
La dysphorie post-coïtale (DPC) désigne l’apparition soudaine après l’orgasme d’un état de tristesse, d’anxiété intense, de pleurs ou de vide émotionnel, sans cause apparente. Elle peut survenir même dans un contexte sexuel positif et consenti, et touche aussi bien les femmes que les hommes.
L’orgasme douloureux (dysorgasmie) se manifeste par des contractions musculaires vécues comme des crampes ou des spasmes pelviens intenses au moment de l’orgasme. Il peut concerner le périnée, l’utérus, la prostate ou le rectum, et est parfois associé à de l’endométriose, des troubles pelviens ou des adhérences.
Ces vécus ne sont ni rares ni imaginaires. Ils rappellent que le modèle de Masters & Johnson décrit une moyenne — et que chaque corps entretient son propre rapport aux sensations. Si vous vous reconnaissez dans l’un de ces tableaux, un accompagnement spécialisé peut faire une vraie différence.
Références
Masters, W. H., & Johnson, V. E. (1966). Human Sexual Response. Little, Brown. — Kaplan, H. S. (1979). Disorders of Sexual Desire. Brunner/Mazel. — Basson, R. (2000). The female sexual response: A different model. Journal of Sex & Marital Therapy, 26(1), 51–65.
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