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L’excitation fonctionne-t-elle de la même façon chez tout le monde ?

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L’essentiel

Une personne peut utiliser différentes techniques pour faire monter l’excitation sexuelle dans son corps. Un modèle sexologique québécois, le sexocorporel, en décrit quatre.

Le modèle initial les classe, de archaïque à complet. Je ne reprends pas ce classement. Je reprends les descriptions, qui sont très enrichissantes.

Votre manière de fonctionner n’est pas une étape sur un chemin. C’est une technique apprise tôt, pas une fonction automatique comme la digestion.

Si vous souhaitez élargir votre répertoire, c’est possible et cet article explique comment. Si vous n’en avez pas envie, rien dans ce texte ne constitue une raison de changer.


Ma position

Les fonctionnements décrits ici sont des descriptions. Ce ne sont pas des étapes. Aucun n’est à atteindre.

Je précise ce cadrage d’emblée parce que le modèle d’origine dit l’inverse, et parce que la culture ambiante fournit spontanément une hiérarchie même quand le texte n’en propose aucune.

Trois repères pour lire la suite.

  1. L’orgasme n’est pas le critère de qualité d’une expérience sexuelle. Un fonctionnement qui n’y aboutit pas n’est pas un fonctionnement raté.
  2. Les quatre fonctionnements sont regroupés par ressemblance corporelle, deux par deux. Cet ordre n’indique aucune progression et ne se lit pas de gauche à droite.
  3. La manière dont l’excitation monte dans un corps s’apprend. Ce n’est pas une fonction autonome.

Ce troisième point change le statut de tout ce qui suit.

La digestion et la cicatrisation se déroulent sans apprentissage. Elles s’installent seules, elles se déclenchent seules, et elles fonctionnent de la même façon chez tout le monde aux variations physiologiques près. Personne n’apprend à cicatriser.

La gestion de l’excitation ne fonctionne pas ainsi.

Le réflexe d’excitation lui-même reste involontaire. Un stimulus le déclenche, sans décision. Mais la manière dont le corps organise ensuite la montée, avec son tonus, sa respiration, son rythme et ses appuis, s’est construite par répétition. Souvent très tôt. Souvent à partir de ce qui était disponible à ce moment-là : le corps qu’on avait, l’espace et l’intimité dont on disposait, le besoin de rester discret·e, les sensations qui apaisaient.

Deux conséquences.

Un fonctionnement n’est pas un trait de nature. Il ne dit rien d’une essence sexuelle, ni d’une orientation, ni d’une capacité.

Ce qui s’est appris reste modulable. Et ce qui reste modulable n’a pas à être modifié.


D’où vient ce modèle

La courbe de Masters & Johnson décrit une réponse sexuelle en quatre phases, présentée comme identique pour tout le monde : excitation, plateau, orgasme, résolution. Elle dit ce qui se passe dans le corps. Elle ne dit pas comment un corps particulier s’y prend pour aller d’une phase à la suivante.

C’est ce que le sexocorporel ajoute. Là où Masters & Johnson tracent une courbe unique, ce modèle décrit plusieurs manières de la parcourir.

Le sexocorporel a été élaboré par Jean-Yves Desjardins et l’équipe du département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal, à partir des années 1970. Il propose une lecture de la sexualité centrée sur le corps, ses appuis, son tonus, sa respiration.

Les modes d’excitation en constituent l’un des éléments les plus diffusés en francophonie.

Le statut de ces connaissances mérite d’être posé clairement. Cette typologie provient d’observation clinique accumulée. Elle circule principalement par la formation continue et par des publications peu présentes dans les circuits d’indexation scientifique.

Je la présente donc pour ce qu’elle est : une grille descriptive issue d’une tradition clinique réelle.


Orgasme et orgaste

Avant de parler des fonctionnements, une clarification qui désamorce un malentendu très répandu.

L’orgaste, ou décharge orgastique, est un phénomène physiologique involontaire. Il survient lorsque l’excitation génitale franchit un point de non-retour et déclenche une réaction spasmodique des muscles pelviens. Chez les personnes à pénis, il s’accompagne le plus souvent d’une éjaculation.

L’orgasme désigne une expérience plus large : la décharge accompagnée d’un relâchement corporel global et d’une décharge émotionnelle.

Les deux surviennent fréquemment ensemble. Ils sont indépendants.

Conséquence directe : une éjaculation ne signifie pas qu’il y a eu orgasme. Et une expérience sexuelle intense n’exige ni l’un ni l’autre.

C’est l’élément de ce modèle que j’ai le plus envie de partager.


Quatre paramètres, avant quatre catégories

La grille repose sur quatre variables corporelles. Chacune fonctionne comme un curseur, pas comme un interrupteur.

  1. Le tonus musculaire. De l’hypotonie, relâchement complet, à l’hypertonie, contraction soutenue. Entre les deux, un tonus à la fois tonique et souple.
  2. L’amplitude du mouvement. De la quasi-immobilité au mouvement ample engageant le bassin et le tronc.
  3. Le rythme. Du lent au rapide. Un rythme lent élargit le champ de conscience et laisse plus d’informations sensorielles arriver.
  4. La respiration. De bloquée ou superficielle à ample et modulée.

Ces quatre curseurs constituent l’outil principal. Les quatre fonctionnements ci-dessous en sont des configurations fréquentes, pas une liste exhaustive.

Vous pouvez très bien ne vous reconnaître dans aucun, ou dans deux à la fois.


Quatre fonctionnements, vue d’ensemble

Le tableau ci-dessous permet de comparer sans classer. Les colonnes sont appariées par ressemblance. Aucune ligne ne constitue un score.

Bascule et ondulation sont placées ensemble parce qu’elles partagent une respiration ample et un engagement du tronc. Friction et pression sont placées ensemble parce qu’elles partagent une montée rapide, une respiration courte et un champ attentionnel resserré.

Lisez en repérant ce qui se ressemble autant que ce qui diffère. Le découpage en quatre est un outil de description, pas une partition de la population.

Cinq paramètres corporels décrivent chaque fonctionnement. Le trait bleu indique la zone habituelle. Un trait long signale un paramètre qui varie beaucoup pendant la montée, un trait court un paramètre stable.
Les cinq pistes sont alignées d’une carte à l’autre : lisez horizontalement pour comparer un même paramètre. Le repère central marque le milieu de chaque axe.
Les fonctionnements sont appariés par ressemblance. Bascule et ondulation partagent une respiration ample. Friction et pression partagent une montée rapide et un champ attentionnel resserré.

Bascule

Le bassin bascule d’avant en arrière, les épaules accompagnent.

  • Tonusrelâchécontracté
  • Amplitudeimmobileample
  • Rythmelentrapide
  • Respirationbloquéeample
  • Attentionresserréeétendue
Courbe
progressive, avec paliers
Issue
décharge orgastique, relâchement global
Contexte
solo et à deux

Ondulation

Mouvement fluide et continu, du bassin jusqu’aux épaules.

  • Tonusrelâchécontracté
  • Amplitudeimmobileample
  • Rythmelentrapide
  • Respirationbloquéeample
  • Attentionresserréeétendue
Courbe
progressive, plateau prolongé
Issue
plaisir diffusé, pas de point de non-retour
Contexte
solo et à deux

Friction

Stimulation rapide et superficielle sur une zone précise.

  • Tonusrelâchécontracté
  • Amplitudeimmobileample
  • Rythmelentrapide
  • Respirationbloquéeample
  • Attentionresserréeétendue
Courbe
linéaire et rapide
Issue
décharge orgastique rapide, plaisir localisé
Contexte
surtout solo

Pression

Appui soutenu, cuisses serrées ou pression contre une surface.

  • Tonusrelâchécontracté
  • Amplitudeimmobileample
  • Rythmelentrapide
  • Respirationbloquéeample
  • Attentionresserréeétendue
Courbe
abrupte, sans palier
Issue
décharge orgastique rapide
Contexte
souvent solo, installé tôt
Bascule Ondulation Friction Pression
Tonus dominant Tonique et souple, modulé activement Souple, alternances douces Contraction localisée au membre stimulant Hypertonie soutenue, globale
Groupes musculaires engagés Bassin, abdominaux, dorsaux, épaules Bassin, tronc, ceinture scapulaire Avant-bras, main, parfois mâchoire Adducteurs, fessiers, quadriceps
Amplitude du mouvement Variable, du minimal à l’ample Ample et continue Réduite hors de la zone stimulée Très réduite, quasi-immobilité
Rythme Alterné, accélérations et ralentissements Lent et régulier Rapide, constant, peu variable Rapide dès le départ
Respiration Ample, modulée avec le mouvement Ample, continue Superficielle, parfois suspendue Bloquée ou très superficielle
Appui / contact Sol, surface, corps partenaire, appui mobile Appui léger et mobile Main ou objet sur une zone précise Appui fixe et écrasant
Champ attentionnel Étendu, intègre l’environnement Étendu, centré sur les sensations internes Resserré sur la zone stimulée Resserré sur la zone de pression
Imaginaire sexuel Élaboré, évolutif Élaboré, souvent atmosphérique Souvent scénario stable et court Variable, parfois absent
Courbe de montée Progressive avec paliers Progressive, plateau prolongé Linéaire et rapide Abrupte
Issue habituelle Décharge orgastique avec relâchement global Plaisir diffusé, pas de point de non-retour Décharge orgastique rapide, localisée Décharge orgastique rapide
Transposition à deux Directe Directe Demande une consigne explicite Demande un aménagement de position
Contexte fréquent Solo et à deux Solo et à deux Surtout solo Souvent solo, installé tôt

Sur petit écran, ce tableau passe en défilement horizontal. Les curseurs ci-dessus portent la même information dans un format lisible en colonne.


Quatre fonctionnements, en détail

Chaque bloc suit la même structure. Les observations corporelles proviennent du modèle d’origine et de ce que je constate en consultation. La dernière sous-partie de chaque bloc distingue explicitement ce qui relève de ma clinique.

Fonctionnement en bascule

Le geste central

Le bassin bascule d’avant en arrière selon un mouvement de rétroversion et d’antéversion. Les épaules accompagnent : elles se voûtent vers l’avant quand le bassin bascule en avant, puis reviennent en arrière avec lui. Le modèle parle de double bascule réflexe.

Le mouvement part du bassin. Il n’est pas produit par les jambes qui poussent, ni par le dos qui se cambre seul.

Ce que fait le tonus

Le tonus reste à mi-chemin entre relâchement et contraction. Les abdominaux profonds travaillent sans se durcir. Les fessiers alternent contraction brève et relâchement. Les cuisses ne verrouillent pas.

Ce tonus intermédiaire est le point le plus difficile à installer. La tendance spontanée va vers l’un des deux extrêmes : soit tout se contracte, soit tout se relâche.

Respiration

Ample, souvent synchronisée au mouvement du bassin. L’expiration accompagne fréquemment la bascule avant. La respiration reste audible et ne se suspend pas au moment de la montée, ce qui distingue nettement ce fonctionnement des deux fonctionnements rapides.

Rythme et courbe

Le rythme alterne. Des phases rapides succèdent à des ralentissements volontaires. Ces ralentissements font redescendre légèrement l’excitation avant de la relancer, ce qui produit des paliers successifs.

La montée est plus longue que dans les autres fonctionnements. Elle se compte en dizaines de minutes plutôt qu’en minutes.

Attention et perception

Le champ de conscience reste ouvert. La personne perçoit la texture des draps, la température de la pièce, la respiration de son ou sa partenaire, sa propre position dans l’espace. Ces informations alimentent l’excitation au lieu de la distraire.

Les sensations internes du bassin sont accessibles : mouvements du plancher pelvien, sensations vaginales profondes, perception de la prostate selon les anatomies.

Ce qui interrompt

Une consigne de performance. Un contrôle volontaire trop serré sur le rythme. Une position qui bloque la mobilité du bassin, notamment certaines positions où le bassin est plaqué contre une surface.

Issue

La montée de l’excitation et la montée du plaisir progressent ensemble. La décharge orgastique s’accompagne d’un relâchement corporel global : les épaules descendent, les mâchoires se desserrent, la respiration se creuse.

Ce que j’observe en consultation

Ce fonctionnement demande une mobilité pelvienne disponible. Les personnes qui ont des douleurs lombaires, une hypermobilité, ou un vécu de dissociation corporelle le trouvent souvent inconfortable au début, parce qu’il exige de rester présente dans un bassin qui bouge.

Il est aussi celui qui expose le plus. Le corps entier participe, le visage est mobile, la respiration s’entend. Cette visibilité est un obstacle réel pour certaines personnes, indépendant de toute capacité motrice.


Fonctionnement en ondulation

Le geste central

Le corps bouge de manière continue et fluide. Le mouvement traverse le bassin, la colonne et la ceinture scapulaire sans rupture. Il n’y a pas de geste répétitif isolé.

L’amplitude est large mais sans à-coups.

Ce que fait le tonus

Souple. Des contractions modérées alternent avec des relâchements, sans jamais atteindre le verrouillage ni l’affaissement complet. Le tonus reste homogène dans tout le corps, ce qui distingue ce fonctionnement des trois autres.

Respiration

Ample, continue, souvent lente. Elle ne se suspend pas. Elle peut s’accompagner d’émissions vocales sur l’expiration.

Rythme et courbe

Lent et régulier. La montée est progressive et s’installe en plateau. Ce plateau peut se maintenir longtemps.

La caractéristique la plus notable est l’absence de franchissement du point de non-retour. L’excitation se diffuse largement dans le corps sans se concentrer suffisamment au niveau génital pour déclencher la décharge.

Attention et perception

Le champ de conscience est large, orienté vers les sensations internes. Les personnes décrivent des sensations de chaleur, de circulation, de fourmillement, réparties sur des zones étendues : ventre, poitrine, cuisses, parfois mains et cuir chevelu.

L’imaginaire est élaboré, souvent de registre atmosphérique plutôt que narratif.

Ce qui interrompt

Peu de choses interrompent ce fonctionnement, ce qui fait partie de son intérêt. Il est robuste aux variations de contexte.

En revanche, tenter d’y ajouter une stimulation rapide et localisée casse souvent la fluidité sans produire la décharge attendue.

Issue

Le plaisir se diffuse dans le corps. Il n’y a pas de décharge orgastique. La redescente est lente et s’accompagne fréquemment d’un état de détente prolongé.

Ce que j’observe en consultation

Ce fonctionnement génère très peu de plaintes chez les personnes qui le pratiquent, et beaucoup d’inquiétude chez celles qui l’ont lu comme incomplet.

Il est fréquemment décrit comme le plus satisfaisant émotionnellement, tout en étant classé le plus bas par les personnes elles-mêmes, uniquement parce qu’il n’aboutit pas à un orgasme. C’est ce que je retiens de ce fonctionnement : l’écart entre l’expérience vécue et l’évaluation qu’on en fait.

À deux, il pose parfois une question de temporalité plutôt que de plaisir : les durées de montée ne coïncident pas.


Fonctionnement en friction

Le geste central

Une stimulation rapide, superficielle et répétitive appliquée sur une zone circonscrite. Main, doigts, vibrateur, coussin, jet d’eau. Le mouvement est court et cadencé.

La zone est presque toujours la même d’une fois sur l’autre, avec un angle et une pression stables.

Ce que fait le tonus

La contraction se concentre dans le membre qui stimule : avant-bras, main, parfois épaule. Le reste du corps varie. Certaines personnes sont totalement immobiles, d’autres ajoutent une contraction abdominale dans les dernières secondes.

La mâchoire se serre fréquemment. Les orteils se recroquevillent.

Respiration

Superficielle et haute, dans le haut du thorax. Elle se suspend souvent dans les secondes qui précèdent la décharge. Cette apnée brève est un marqueur très constant.

Rythme et courbe

Rapide et constant dès le départ, avec peu de variation. La courbe est proche d’une ligne droite. Il y a rarement de palier.

Le point de non-retour arrive vite et se signale peu : beaucoup de personnes décrivent une bascule brutale, sans phase d’imminence perceptible.

Attention et perception

Le champ attentionnel se resserre sur la zone stimulée. L’environnement disparaît. Les sensations du reste du corps deviennent peu accessibles pendant l’acte.

L’imaginaire sexuel accompagne souvent, sous forme d’un scénario stable, court, réutilisé.

Ce qui interrompt

Une variation du rythme. Un changement d’angle ou de pression. Une interruption, même brève, oblige souvent à reprendre une montée complète.

Issue

Décharge orgastique rapide. Le plaisir reste concentré dans la zone stimulée et se diffuse peu. Certaines personnes décrivent une sensation de soulagement plus que de volupté, et une redescente immédiate.

Ce que j’observe en consultation

C’est le fonctionnement le plus fréquent en masturbation, toutes anatomies confondues. Il est efficace, rapide, prévisible et peu coûteux en attention, ce qui explique largement sa diffusion.

Sa transposition à deux est le motif de consultation le plus fréquent le concernant. La stimulation nécessaire est précise et difficile à reproduire par une autre personne sans consigne explicite. Beaucoup de patient·es décrivent l’échec de cette transposition comme un problème de leur corps, alors qu’il s’agit d’un problème de transmission d’information.

Le travail utile porte le plus souvent sur la formulation de la consigne, pas sur la modification du fonctionnement.


Fonctionnement en pression

Le geste central

L’excitation monte par un appui soutenu. Cuisses serrées l’une contre l’autre, pression contre un matelas, un coussin, un objet, un angle de mobilier, ou le corps d’un·e partenaire.

L’appui est fixe. Il n’y a pas ou peu de mouvement de va-et-vient.

Ce que fait le tonus

Hypertonie franche et globale. Les adducteurs se contractent fortement, les fessiers et les quadriceps suivent. La contraction se maintient plusieurs dizaines de secondes sans relâchement.

Le haut du corps se raidit souvent aussi : épaules montées, nuque tendue, poings fermés.

Respiration

Bloquée ou très superficielle. L’apnée est fréquente et peut durer toute la phase de montée.

Rythme et courbe

La montée est abrupte. Elle démarre vite et n’offre pas de palier. Certaines personnes décrivent l’impossibilité de la ralentir une fois lancée.

Attention et perception

L’attention se resserre fortement sur la zone de pression. Le champ de conscience se ferme presque complètement à l’environnement.

Les sensations internes du bassin sont peu accessibles, parce que la contraction musculaire sature l’information proprioceptive.

Ce qui interrompt

Un relâchement de l’appui. Un changement de position. L’intrusion d’une stimulation extérieure non anticipée.

Issue

Décharge orgastique rapide. Le relâchement qui suit peut être brutal et s’accompagner d’une sensation de fatigue musculaire réelle, notamment dans les adducteurs.

Ce que j’observe en consultation

Ce fonctionnement s’installe très souvent dans l’enfance et se maintient ensuite sans être jamais interrogé. Beaucoup de personnes le découvrent nommé pour la première fois en consultation, et décrivent un soulagement à simplement apprendre qu’il est répandu.

Sa transposition à deux bute sur une contrainte mécanique : la position qui permet l’appui n’est pas toujours compatible avec une position partagée. C’est une question d’aménagement, pas de capacité.

Deux points de vigilance corporelle, sans rapport avec la qualité du fonctionnement. L’apnée prolongée mérite d’être signalée si elle s’accompagne de vertiges. La contraction intense des adducteurs peut entretenir des tensions pelviennes chez les personnes qui ont par ailleurs des douleurs, ce qui justifie éventuellement un travail avec un·e kinésithérapeute spécialisé·e en périnéologie.


Les fonctionnements à dominante imaginaire

La typologie en quatre catégories laisse un angle mort.

Certaines personnes font monter leur excitation avec très peu d’engagement corporel, l’essentiel du travail se faisant par l’imaginaire sexuel. Le modèle d’origine traite l’imaginaire comme une variable associée, plus ou moins élaborée selon les modes. Il ne le traite pas comme une voie principale.

Il peut l’être. Je le signale ici pour que les personnes concernées ne se cherchent pas en vain dans les quatre descriptions.


Quand un fonctionnement devient un objet de travail

Le seul critère qui indique qu’un autre fonctionnement mérite d’être appris est un écart formulé par la personne elle-même, entre ce qu’elle vit et ce qu’elle voudrait vivre.

Les trois formes que j’observe le plus souvent en consultation sont les suivantes.

  1. « Ce fonctionnement me convient seul·e. Je n’arrive pas à le transposer à deux et je voudrais y arriver. »
  2. « J’aimerais faire durer. Ce que je fais actuellement va vite. »
  3. « Je voudrais élargir mon répertoire. Pas remplacer ce que j’ai. »

En l’absence d’écart formulé, il n’y a pas de demande. Le fonctionnement est une donnée, pas un symptôme.

Un fonctionnement rodé devient automatique. C’est ce que le modèle appelle un conditionnement. Cet automatisme ne pose problème que si la personne le signale comme tel.

Et pour être tout à fait claire : un fonctionnement peut se modifier, les quatre paramètres se travaillent. Cette possibilité existe pour les personnes qui souhaitent élargir leur répertoire. Elle ne constitue pas une indication.


Note méthodologique

Les sources du sexocorporel circulent essentiellement hors des circuits d’indexation scientifique : ouvrages, supports de formation continue, transmission par les organismes de formation. Peu de DOI sont disponibles, et les formulations varient selon les formateur·ices.

Je préfère le signaler plutôt que de laisser croire à un appareil de références plus fourni qu’il ne l’est.

Pistes de sourçage :

  • Travaux de Jean-Yves Desjardins et du département de sexologie de l’UQAM
  • Publications de Claude Crépault sur l’imaginaire sexuel
  • Documents de l’AIISC, Association Interdisciplinaire Internationale de Sexologie Clinique