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Sexualité et dissociation : quand le corps est là mais qu’une partie de nous semble absente

Regard clinique · Sexologie

Sexualité et dissociation : quand le corps est là mais qu’une partie de nous semble absente

Une expérience plus fréquente qu’on ne l’imagine, et que le système nerveux comprend à sa façon.

Silhouette en double exposition, le corps présent mais une part de soi ailleurs.

Certaines personnes décrivent une impression étrange pendant l’intimité. Elles sont présentes physiquement. Mais intérieurement, quelque chose semble s’éloigner. Elles racontent par exemple : avoir l’impression d’être dans leur tête, observer la scène de l’extérieur, se sentir engourdies émotionnellement, ne plus ressentir certaines sensations, avoir du mal à savoir ce qu’elles aiment ou n’aiment pas, avoir l’impression d’être là sans être vraiment là. Ces expériences peuvent être déroutantes. Elles sont pourtant plus fréquentes qu’on ne l’imagine.


Qu’est-ce que la dissociation ?

La dissociation est un phénomène dans lequel certaines fonctions habituellement intégrées — sensations, émotions, pensées, souvenirs ou perception de soi — deviennent temporairement moins connectées entre elles. Il ne s’agit pas d’un manque de volonté. Il ne s’agit pas non plus nécessairement d’une maladie. C’est avant tout un mécanisme du système nerveux.


Un mécanisme de protection

Le système nerveux possède plusieurs façons de réagir lorsqu’il estime qu’une situation dépasse les capacités d’adaptation du moment. Il peut mobiliser de l’énergie, fuir, lutter, demander de l’aide, ou parfois se mettre à distance de certaines expériences. La dissociation fait partie de ces stratégies possibles. Dans certaines situations, elle permet de diminuer temporairement une surcharge émotionnelle ou sensorielle. Autrement dit, elle constitue souvent une tentative de protection.


Pourquoi cela peut-il arriver pendant la sexualité ?

La sexualité mobilise de nombreuses dimensions à la fois : le corps, les sensations, les émotions, la proximité, la vulnérabilité, parfois l’histoire personnelle. Pour certaines personnes, cette intensité peut devenir difficile à intégrer à certains moments. Le système nerveux peut alors réduire temporairement la connexion à certaines sensations ou émotions.


Dissociation et traumatisme

La dissociation est souvent évoquée dans le contexte du traumatisme. Effectivement, certaines personnes ayant vécu des événements traumatiques décrivent des expériences dissociatives. Cependant, il est important de rappeler que : toute dissociation n’est pas liée à un traumatisme, toute personne traumatisée ne dissocie pas, toute difficulté sexuelle n’est pas le signe d’un traumatisme caché. La réalité est généralement plus nuancée.


Et si la dissociation était une tentative de rendre la situation supportable ?

Lorsque les personnes découvrent le concept de dissociation, elles se demandent parfois : « Pourquoi mon cerveau ferait-il cela ? » La réponse est souvent plus simple qu’il n’y paraît. Le système nerveux ne cherche généralement pas à compliquer la vie des personnes. Il cherche à les protéger. Lorsque quelque chose semble trop intense, trop douloureux, trop envahissant ou trop difficile à intégrer, il peut parfois réduire temporairement l’accès à certaines sensations, émotions ou perceptions. La dissociation est rarement une erreur. Elle est plus souvent une tentative d’adaptation. C’est pourquoi je préfère me demander : « Qu’est-ce que cette réaction essaie de rendre plus supportable ? » Cette question ouvre souvent davantage de possibilités — car lorsque nous comprenons mieux ce que le système nerveux cherche à accomplir, il devient parfois possible de lui proposer d’autres moyens de se sentir en sécurité.


Peut-on sortir de la dissociation ?

Dans de nombreux cas, oui. Mais l’objectif n’est généralement pas de lutter contre elle. La dissociation est souvent une stratégie qui s’est développée pour une raison. Chercher à la supprimer brutalement risque parfois d’augmenter le sentiment d’insécurité. Le travail consiste plutôt à développer progressivement davantage de sécurité, de présence et de capacité à rester en contact avec ses sensations.


Mon approche

Lorsque j’accompagne une personne qui décrit des expériences dissociatives, je ne considère pas ces réactions comme des preuves de faiblesse ou comme un dysfonctionnement. Je les vois généralement comme des informations sur la manière dont son système nerveux tente de prendre soin d’elle. Nous pouvons explorer ensemble les circonstances dans lesquelles la dissociation apparaît, ce qui la déclenche, ce qui aide à rester présent·e, la relation au corps, la sécurité émotionnelle, les éventuelles expériences de vie qui peuvent éclairer ce fonctionnement. L’objectif n’est pas de forcer la présence. L’objectif est de permettre au système nerveux de découvrir progressivement qu’il n’a plus besoin de s’éloigner autant pour se sentir en sécurité.


Vous n’êtes pas absent·e par choix. La dissociation n’est généralement pas un refus conscient de vivre la situation. Elle ressemble davantage à une tentative automatique du système nerveux de gérer quelque chose qu’il perçoit comme trop intense ou trop difficile à intégrer. Comprendre cette logique permet souvent de remplacer une question douloureuse (« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? ») par une question plus utile (« Qu’est-ce que mon système nerveux essaie de faire pour moi ? »). Et cette différence change souvent profondément la manière dont nous regardons nos symptômes, notre corps et nous-mêmes.

🧭 Cet article fait partie du dossier Émotions et sexualité.

Soutien

Si ces difficultés sont liées à un vécu traumatique ou à des violences, France Victimes propose une écoute gratuite et confidentielle au 116 006 (7j/7, 9h–20h) — ou via france-victimes.fr.

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