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La honte dans la sexualité : lorsque le problème devient ce que l’on pense de soi

Regard clinique · Sexologie

La honte dans la sexualité : lorsque le problème devient ce que l’on pense de soi

La honte est probablement l’une des émotions les plus fréquentes en sexologie. Et pourtant, c’est aussi l’une des moins visibles.

Encre bleue se repliant dans l'eau sombre, la honte comme repli sur soi.

Les personnes qui consultent parlent souvent de désir, d’érection, de douleurs, d’orgasme, de relation, de fantasmes. Mais derrière ces difficultés, il y a parfois une autre souffrance, plus discrète : la peur de ne pas être normal·e.


La honte n’est pas la culpabilité

Ces deux émotions sont souvent confondues. La culpabilité dit : « J’ai fait quelque chose de mal. » La honte dit : « Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. » La différence est importante. La culpabilité porte sur un comportement. La honte porte sur l’identité. Cette distinction est bien établie en psychologie des émotions (Tangney & Dearing, 2002). La culpabilité peut nous aider à ajuster certains comportements. La honte nous pousse souvent à nous cacher.


Comment la honte s’apprend parfois dès l’enfance

La honte n’apparaît pas toujours à la suite d’un événement exceptionnel. Elle peut aussi se construire progressivement au cours du développement. Certains messages portent sur le comportement : « Ce que tu as fait n’est pas acceptable. » Ces messages permettent à l’enfant de comprendre les conséquences de ses actes tout en conservant le sentiment de rester une personne digne d’amour et de respect. D’autres messages portent davantage sur l’identité : « Tu es méchant. » « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? » Dans ce cas, l’enfant peut commencer à conclure que c’est lui qui est problématique.

Lorsque les règles autour de la sexualité sont transmises principalement à travers la peur, l’humiliation, le silence ou les tabous, l’enfant risque d’intégrer une conclusion implicite : « Je ne comprends pas vraiment pourquoi c’est interdit, mais je sens qu’il y a quelque chose de mauvais ou de dangereux en moi. » La honte devient alors parfois un raccourci éducatif qui favorise l’obéissance, mais pas toujours la compréhension.


Quand la honte ne nous appartient pas entièrement

La honte n’est pas uniquement individuelle. Elle est aussi culturelle. Depuis l’enfance, nous recevons des messages sur ce qu’un homme devrait être, ce qu’une femme devrait être, ce qui est acceptable, ce qui est désirable. Certaines personnes apprennent qu’un homme doit toujours avoir envie de sexe. D’autres qu’une femme ne doit pas trop exprimer son désir. Ces normes varient selon les familles, les cultures, les religions, les générations. Certaines hontes racontent davantage l’histoire du regard de la société que celle de la personne elle-même.


Quand la honte devient plus douloureuse que le symptôme

Dans ma pratique, il n’est pas rare que la souffrance principale ne soit plus le symptôme lui-même. C’est ce que la personne pense que ce symptôme dit d’elle. Une difficulté d’érection devient : « Je ne suis plus un homme. » Une baisse du désir devient : « Je suis un mauvais partenaire. » Une douleur sexuelle devient : « Mon corps est cassé. » Le symptôme fait souffrir. Mais la conclusion portée sur soi fait parfois encore plus mal.


La honte aime le silence

Plus une personne a honte, plus elle a tendance à cacher, éviter, minimiser, se comparer, s’isoler. Malheureusement, ce silence renforce souvent l’impression d’être seul·e ou anormal·e. La honte prospère dans le secret. Elle s’assouplit davantage dans des relations suffisamment sécurisantes. La honte a besoin de lumière, pas de violence. Beaucoup de personnes tentent de sortir de la honte en se critiquant davantage. Mais l’autocritique ajoute généralement une couche supplémentaire à cette blessure.


Mon approche

Lorsque j’accompagne une personne, je m’intéresse souvent autant à la honte qu’au symptôme lui-même. Je cherche à comprendre ce que la personne croit sur elle-même, d’où viennent ces croyances, quelles expériences les ont façonnées, ce qui les entretient aujourd’hui, ce qui pourrait permettre de les assouplir. Car il arrive souvent qu’une difficulté sexuelle devienne plus facile à traverser lorsque l’on cesse progressivement de la confondre avec sa valeur personnelle.


Vous n’êtes pas votre symptôme. Vous n’êtes pas votre érection, votre désir, votre douleur, votre fertilité, votre diagnostic. Certaines formes de honte racontent davantage l’histoire de ce que vous avez vécu ou de ce que l’on vous a appris que celle de ce que vous êtes réellement. La honte nous raconte souvent une histoire très convaincante. Mais cela ne signifie pas qu’elle a raison.

🧭 Cet article fait partie du dossier Émotions et sexualité.

Sources

  • Tangney, J. P., & Dearing, R. L. (2002). Shame and Guilt. Guilford Press. Ouvrage de référence sur la distinction honte/culpabilité, sans DOI — à consulter en bibliothèque.

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