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Le goût et la sexualité : bien plus que les « aliments aphrodisiaques »

Regard clinique · Sexologie

Le goût et la sexualité : bien plus que les « aliments aphrodisiaques »

Le goût intime se joue dans le baiser, la peau et les fluides — et il est indissociable de l’odorat.

L’essentiel

  • Le goût intime passe par le baiser, la peau et les fluides, pas par les « aliments aphrodisiaques ».
  • Aucun aliment ne déclenche le désir de façon pharmacologique ; c’est le contexte qui agit.
  • Goût et odorat sont quasi indissociables ; la perte d’odorat, fréquente depuis le COVID, a des effets réels sur la vie intime.
  • Le dégoût est une émotion de protection, pas un verdict sur l’amour porté à l’autre.
  • Savourer suppose de lâcher le contrôle : le rapport au goût est un miroir du rapport au corps.
  • Lecture : 5 min.
Myrtilles en gros plan, le goût comme dimension intime de la sexualité.

Quand on associe goût et sexualité, on pense aussitôt aux « aliments aphrodisiaques ». C’est la piste la moins intéressante. Le goût, dans l’intime, passe surtout par le baiser, la peau, la bouche et les sécrétions du corps — et par le rapport, parfois compliqué, que l’on entretient avec ce que l’on goûte de l’autre et de soi.


Le mythe de l’aliment magique

Huîtres, chocolat, épices… aucun aliment ne « déclenche » le désir de façon pharmacologique. Ce qui agit, c’est le contexte : le plaisir sensoriel partagé, la détente, l’attention à l’autre, la symbolique du moment. Confondre ce cadre avec un pouvoir de l’aliment, c’est prendre le symbole pour la cause — un point détaillé dans Alimentation et désir : ce que la recherche dit, sans exagérer.


Goût et odorat : un seul et même sens, ou presque

Ce que nous appelons « goût » vient en réalité surtout du nez. La langue ne distingue que quelques saveurs de base ; tout le reste — la richesse, la finesse, la familiarité — provient de l’odorat, par la rétro-olfaction (les arômes qui remontent de la bouche vers le nez). Goût et odorat sont donc quasi indissociables. Dans l’intimité, cela signifie que le goût de la peau, d’un baiser, d’un corps est inséparable de son odeur — et que les deux touchent directement à la mémoire, à l’attachement et au sentiment de sécurité. C’est le prolongement direct de ce que décrit l’article sur l’odorat et la sexualité.

C’est aussi pourquoi la perte d’odorat et de goût — devenue fréquente depuis le COVID, et parfois durable — ne reste pas sans conséquence sur la vie intime. Des personnes rapportent, depuis cette perte, une baisse de désir, une intimité modifiée, voire des orgasmes ressentis comme moins intenses : ne plus sentir l’odeur de l’autre, ne plus goûter sa peau, prive d’un canal entier du désir, de la familiarité et de la sécurité. Des travaux récents confirment cet effet sur le bien-être sexuel après une anosmie post-COVID. Ce n’est ni imaginaire ni anecdotique, et cela mérite d’être pris au sérieux.


Les sécrétions, le goût et le dégoût

C’est sur le terrain des sécrétions — salive, sueur, fluides génitaux — que le goût rencontre le plus souvent le dégoût. Et c’est un sujet dont on parle très peu, par honte. Pourtant le dégoût est une émotion de protection, pas un verdict sur l’amour que l’on porte à l’autre : éprouver une réticence devant un goût, une odeur ou une texture ne signifie pas qu’on aime moins. Cela dit quelque chose de notre sensibilité sensorielle, de notre histoire, ou de notre besoin de sécurité — et cela peut varier selon le contexte, la fatigue, la confiance du moment. Comprendre cela permet souvent d’en parler sans se juger, plutôt que de l’éviter en silence. Ce mécanisme est développé dans Le dégoût dans l’amour et la sexualité.


Le rapport au goût, miroir du rapport au corps

Savourer suppose de pouvoir lâcher le contrôle et habiter ses sensations. Quand le rapport à la nourriture ou au corps est conflictuel, cette capacité à savourer — dans l’assiette comme dans l’intime — se réduit souvent. Travailler le goût, c’est donc moins une question de menu qu’une question de présence : retrouver le droit de ressentir, sans surveillance, et pouvoir nommer ce qui plaît comme ce qui dérange.


🧭 Cet article fait partie du dossier Les 7 sens dans la sexualité.

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