Regard clinique · Sexologie
Le dégoût dans l’amour et la sexualité : une émotion fréquente dont on parle rarement
Parmi toutes les émotions qui traversent la vie amoureuse et sexuelle, le dégoût est probablement l’une des plus difficiles à évoquer.
L’essentiel
- Le dégoût est une émotion normale, conçue pour protéger et informer, pas pour punir.
- Aimer profondément ne protège pas toujours du dégoût ; la réaction dit quelque chose de la sensibilité, pas de l’amour.
- Le silence n’efface pas le dégoût : il ajoute culpabilité, distance et évitement.
- Une émotion n’est pas une décision : ressentir du dégoût ne signifie pas que la relation est finie.
- Certaines causes sont médicales (infection, problème dentaire, trouble dermatologique) et méritent un avis.
- Lecture : 4 min.

Certaines personnes n’osent jamais en parler. D’autres en éprouvent immédiatement de la honte ou de la culpabilité. Pourtant, il s’agit d’une émotion humaine normale. Comme la peur, la colère ou la tristesse, le dégoût fait partie de notre fonctionnement.
Une émotion conçue pour nous protéger
D’un point de vue biologique, le dégoût est souvent associé à une fonction de protection. Il nous aide notamment à éviter certaines infections, certains aliments avariés, certaines substances potentiellement dangereuses. Le dégoût n’est pas là pour nous punir. Il est là pour nous informer.
Aimer quelqu’un ne protège pas toujours du dégoût
Beaucoup de personnes pensent : « Si j’aimais vraiment mon ou ma partenaire, je ne ressentirais pas cela. » Pourtant, l’amour et le dégoût ne sont pas toujours incompatibles. Une personne peut aimer profondément son ou sa partenaire tout en étant gênée par certaines odeurs corporelles, une infection, une maladie ou certains changements corporels. Ces réactions ne disent pas nécessairement quelque chose de la qualité de l’amour. Elles disent parfois quelque chose de notre sensibilité sensorielle ou de notre système de protection biologique.
Le dégoût est souvent difficile à partager
Contrairement à d’autres émotions, le dégoût est particulièrement associé à la honte. Les personnes craignent souvent de blesser leur partenaire, d’être jugées, de paraître cruelles ou superficielles. Elles gardent alors leurs réactions pour elles. Le problème est que le silence ne fait pas toujours disparaître le dégoût. Il ajoute parfois de la culpabilité, de la distance, du ressentiment et de l’évitement.
Le dégoût ne signifie pas toujours qu’il faut mettre fin à la relation
C’est une confusion fréquente. Une émotion n’est pas une décision. Ressentir du dégoût ne signifie pas automatiquement que l’amour est terminé ou que le désir ne reviendra jamais. Cela signifie simplement qu’il existe quelque chose qui mérite d’être compris. Dans certains cas, la difficulté concerne une infection, une mauvaise haleine, un problème dentaire ou un trouble dermatologique — un avis médical peut alors être utile. La sexualité ne relève pas uniquement de la psychologie.
Le dégoût n’est pas un verdict moral
Ressentir du dégoût ne fait pas de quelqu’un une mauvaise personne. Comme toutes les émotions, le dégoût apparaît souvent avant que nous ayons choisi quoi que ce soit. Nous ne contrôlons pas toujours son apparition. En revanche, nous pouvons choisir la manière dont nous l’écoutons, dont nous en parlons et dont nous agissons ensuite. Car comme beaucoup d’autres réactions du corps, le dégoût mérite souvent davantage de curiosité que de honte.
🧭 Cet article fait partie du dossier Émotions et sexualité.
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