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Entrer dans la sexualité à l’âge adulte

Regard clinique · Sexologie

Entrer dans la sexualité à l’âge adulte

Il existe un scénario implicite de la vie affective et sexuelle. Pourtant, il n’est qu’un parcours parmi d’autres — et il n’est jamais trop tard pour construire le sien.

Velours bleu Klein — découvrir sa sexualité à son rythme

Lorsque l’on parle de sexualité, il existe un scénario implicite que nous avons presque tous entendu.


Un scénario que l’on croit universel

Le premier baiser au lycée. Les premières relations sexuelles vers 16 ou 18 ans. Les expérimentations de la vingtaine. Les histoires d’amour, les ruptures, puis une relation plus stable.

Les films, les séries, les romans, les réseaux sociaux ou certains discours médiatiques donnent souvent l’impression qu’il existerait un déroulement « normal » de la vie affective et sexuelle.

Pourtant, cette histoire n’est qu’un parcours parmi d’autres. Les statistiques décrivent des moyennes. Elles ne décrivent pas les individus.


Des parcours multiples, aucun anormal

Dans mon cabinet, je rencontre régulièrement des personnes de 20, 30, 40, 50 ans ou davantage qui ont eu peu, voire aucune expérience affective ou sexuelle. Les raisons sont extrêmement variées.

Certaines ont consacré beaucoup d’énergie à leurs études, à leur carrière ou à un proche. D’autres ont choisi, en accord avec leurs convictions religieuses ou philosophiques, de réserver la sexualité à une relation engagée ou au mariage. Certaines ont longtemps souffert d’un manque de confiance en elles, d’un complexe physique, d’une anxiété sociale ou ont simplement eu peu d’occasions de rencontrer un partenaire compatible. D’autres encore découvrent plus tard leur orientation sexuelle, leur identité de genre ou sortent d’une période marquée par un traumatisme, une maladie ou un handicap.

Il existe également des personnes qui ont déjà connu des relations amoureuses, parfois pendant plusieurs années, sans avoir eu de relations sexuelles. À l’inverse, certaines ont une sexualité solitaire épanouissante – par la masturbation, les fantasmes ou les lectures érotiques – mais n’ont encore jamais partagé cette intimité avec un partenaire. D’autres enfin ont eu une ou deux expériences il y a longtemps et ont le sentiment de devoir « tout recommencer ».

Tous ces parcours existent. Aucun n’est anormal.


Quand le décalage devient une souffrance

En revanche, plus les années passent, plus un autre phénomène peut apparaître. Ce n’est pas toujours le manque d’expérience qui fait souffrir, mais le sentiment d’être en décalage avec les autres.

  • La peur du jugement.
  • La peur de devoir révéler son inexpérience.
  • La crainte de « ne pas savoir faire ».
  • L’impression que tout le monde maîtrise des codes qui nous échappent.

Peu à peu, ce sentiment peut devenir un frein à la rencontre. Certaines personnes évitent les relations par peur d’être démasquées. D’autres repoussent une histoire qui leur tient pourtant à cœur, persuadées qu’il est « trop tard » ou qu’elles devraient déjà tout savoir.


Les pièges du sentiment de retard

Ce sentiment d’être en retard n’est pas neutre : il produit parfois des effets qui, à leur tour, font obstacle.

L’anxiété et la rumination peuvent s’installer et finir par bloquer l’action : à force d’anticiper le regard de l’autre ou la peur de mal faire, on n’ose plus avancer. L’estime de soi s’érode, et l’on en vient à douter de sa propre valeur.

Le choix des partenaires peut lui aussi s’en trouver compliqué, dans deux directions opposées. D’un côté, on peut rester prisonnier·e d’un idéal : faute d’expériences, l’image du ou de la partenaire « parfait·e » n’a jamais eu l’occasion d’être nuancée par la réalité, et le temps d’attente tend même à la renforcer — plus personne ne semble alors à la hauteur.

De l’autre, on peut se tourner vers des partenaires qui nous attirent peu : parce qu’on ne pense pas mériter mieux, ou parce qu’on a moins peur de décevoir quelqu’un qui ne se sent pas en position d’être exigeant·e. Mais ce choix entretient souvent la difficulté, car le désir est un carburant essentiel de la sexualité : il est difficile de construire une rencontre épanouissante là où il manque.


Entrer dans la sexualité au moment d’une relation engagée

À l’inverse, certaines personnes entrent dans leur vie sexuelle au moment où une relation importante se construit ou lorsqu’un mariage se profile. Cette étape soulève souvent de nombreuses questions.

  • Comment vivre le désir lorsque l’on a choisi d’attendre le mariage ?
  • Comment parler de sexualité avec son futur partenaire ?
  • À quoi peut-on réellement s’attendre lors des premiers rapports ?
  • Que se passe-t-il après le mariage, lorsque la sexualité devient possible ? Le désir est-il forcément au rendez-vous ? Comment trouver son rythme ? Comment découvrir ce que l’on aime ?

Ces interrogations sont fréquentes et parfaitement légitimes.


La sexualité n’est pas une compétence innée

Contrairement à une idée largement répandue, la sexualité n’est pas une compétence innée. Elle se construit progressivement, au rythme de chacun. Elle repose autant sur la communication, le consentement, la découverte de soi et de l’autre que sur les aspects plus techniques des relations sexuelles.


Le corps aussi peut avoir besoin de se remettre en mouvement

C’est un peu comme reprendre le sport après une longue pause : le corps a besoin qu’on le sollicite de nouveau, en douceur, pour retrouver ses capacités.

Après une longue période sans aucune activité sexuelle — y compris en solo —, le corps peut avoir besoin d’un peu de temps pour se réveiller. La réponse sexuelle est avant tout vasculaire : l’érection comme la lubrification dépendent de l’afflux de sang vers les organes génitaux, et cette mécanique a tendance à s’adapter à ce qu’on lui demande. Elle se relance donc souvent de façon progressive, et c’est parfaitement normal.

Il n’y a pas lieu de s’en inquiéter : il est normal que le corps mette en veille les capacités qu’il ne sollicite pas. La recherche documente d’ailleurs ce lien entre activité sexuelle régulière et maintien de la fonction, pour l’érection (Koskimäki et al., 2008) comme pour la souplesse et la lubrification des tissus vaginaux (Leiblum et al., 1983). Le retour des capacités après une longue pause relève, lui, de l’observation clinique : en cabinet, on observe souvent qu’avec une reprise en douceur, elles reviennent. Si cette reprise a lieu vingt ans plus tard, le corps a bien sûr vieilli entre-temps : les capacités ne reviennent pas à ce qu’elles étaient à 20 ans, mais à un niveau normal pour son âge, comparable à celui des autres personnes du même âge.

Un retour en douceur, sans pression, suffit le plus souvent. Certain·es trouvent utile de s’appuyer sur des outils. Une pompe peut soutenir l’afflux sanguin nécessaire à l’érection. Une baguette de massage ou un vibromasseur, en stimulant les tissus régulièrement, aide la muqueuse à retrouver souplesse et sensibilité : la lubrification, qui se produit par un passage de fluide à travers la paroi vaginale, s’en trouve encouragée. Un lubrifiant peut enfin accompagner les premières fois, le temps que le corps retrouve son rythme.


Consulter, ce n’est pas réparer un problème

Consulter un ou une sexologue ne signifie pas qu’il existe un problème à corriger. Cela peut simplement être un espace où poser toutes les questions que l’on n’a jamais osé poser, déconstruire certaines croyances, préparer une première expérience, dépasser une peur ou gagner en confiance.


Il n’est jamais trop tard

Quel que soit votre âge, votre histoire ou votre niveau d’expérience, il n’est jamais trop tard pour commencer à construire une vie affective, intime et sexuelle qui vous ressemble.

Sources

  • Koskimäki, J., Shiri, R., Tammela, T., Häkkinen, J., Hakama, M., & Auvinen, A. (2008). Regular intercourse protects against erectile dysfunction: Tampere Aging Male Urologic Study. The American Journal of Medicine, 121(7), 592-596. doi.org/10.1016/j.amjmed.2008.02.042 — étude menée chez des hommes de 55 à 75 ans ; elle appuie le lien entre activité régulière et maintien de la fonction, pas la réversibilité après pause.
  • Leiblum, S., Bachmann, G., Kemmann, E., Colburn, D., & Swartzman, L. (1983). Vaginal atrophy in the postmenopausal woman: the importance of sexual activity and hormones. JAMA, 249(16), 2195-2198. doi.org/10.1001/jama.1983.03330400041022 — étude menée chez des femmes ménopausées ; même statut.

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