L’essentiel
- Les ennemis francs défont le consentement à visage découvert, à la différence des faux amis qui se déguisent en alliés.
- Depuis la loi de novembre 2025, un consentement doit être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable.
- Dix ennemis attaquent chacun l’une de ces cinq qualités : contrainte, manipulation, dette relationnelle, urgence, pression sociale, rapport de pouvoir, tromperie, état modifié de conscience, dissociation, habitude.
- L’absence de non n’a jamais valu oui : la sidération et le figement sont des réactions de survie.
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Dans un autre article, j’ai décrit les faux amis du consentement — ces gestes et ces décors qui ont l’air de le renforcer sans y parvenir. Voici l’autre versant : les ennemis francs. Non plus ce qui trompe en se donnant des airs d’allié, mais ce qui défait le consentement à visage découvert.
Depuis la loi de novembre 2025, un consentement doit être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable. Chacun des dix ennemis qui suivent attaque l’une de ces cinq qualités. C’est la grille de lecture ; le Consentomètre en est l’instrument de mesure.
1. La contrainte
Arracher un oui par la menace, la peur ou la force. Le oui existe peut-être, mais il n’est pas libre : quand refuser expose à un danger, à des représailles ou à la violence, ce qui sort de la bouche n’a plus valeur d’accord. (qualité visée : libre)
2. La manipulation
Ici, on ne force pas la main : on truque le terrain. Culpabilisation, retournement, chantage affectif, promesses fausses. La décision est faussée à la source — la personne dit oui, mais à une réalité déformée. (qualité visée : libre et éclairé)
3. La dette relationnelle
« Après tout ce que j’ai fait, payé, attendu, tu me dois bien ça. » La réciprocité, qui est un lien, se change en créance à recouvrer. Le désir de l’autre devient un dû. (qualité visée : libre)
4. L’urgence
« C’est maintenant ou jamais. » Presser pour empêcher de réfléchir. Le temps de décider fait partie de la décision : le supprimer, c’est fabriquer un oui qui n’aurait pas tenu cinq minutes de plus. (qualité visée : libre et préalable)
5. La pression sociale
Le groupe, la norme, l’ambiance : « tout le monde le fait », « ne sois pas coincé·e ». Le refus est rendu coûteux, ridicule ou marginalisant. On cède alors moins à une personne qu’à un climat. (qualité visée : libre)
6. Le rapport de pouvoir
Une asymétrie d’autorité ou de dépendance : hiérarchie, argent, soin, âge, statut. Plus l’écart est grand, moins le oui est libre — et parfois l’écart est tel (autorité sur un·e mineur·e, dépendance vitale) qu’aucun oui ne compte. (qualité visée : libre)
7. La tromperie
Obtenir le oui en cachant l’essentiel : intentions réelles, retrait non consenti du préservatif, statut sérologique, identité. Un consentement mal informé n’est pas éclairé : il porte sur autre chose que ce qui se passe vraiment. (qualité visée : éclairé)
8. L’état modifié de conscience
Alcool, drogues, sommeil, malaise. En deçà d’un certain seuil, on peut encore décider ; au-delà, non — la personne ne peut plus évaluer ni exprimer, et un oui prononcé dans cet état ne vaut pas accord. (qualité visée : éclairé)
9. La dissociation ou le figement
La sidération : le corps se déconnecte, l’esprit s’absente, « je n’étais plus là ». Ce n’est ni une soumission ni un accord — c’est une réaction de survie. L’absence de non n’a jamais été un oui. (qualité visée : libre et révocable)
10. L’habitude
Le oui d’hier tenu pour acquis aujourd’hui ; le oui de la relation, de la routine, du « on l’a déjà fait ». Le consentement est spécifique et préalable : il porte sur cet acte-ci, ce moment-ci. Il ne se reconduit pas tout seul. (qualité visée : spécifique et préalable)
Cinq qualités, dix façons de les défaire. Le consentement libre est visé par la contrainte, la manipulation, la dette, l’urgence, la pression sociale et le rapport de pouvoir ; l’éclairé par la tromperie et l’état modifié de conscience ; le spécifique et le préalable par l’habitude ; le révocable par la dissociation. La plupart s’attaquent au « libre » — c’est pour ça que la loi le nomme en premier.
Reconnaître un ennemi, c’est une chose ; situer une situation précise sur l’échelle, c’en est une autre. Pour ça, le Consentomètre place chacune de ces dynamiques sur un continuum, du doute à l’agression, avec le seuil légal marqué.