Édito · Sexologie
Ce que je crois sur la sexualité, le corps et les relations
Quelques convictions qui guident mon travail de sexologue et psychologue.

Voici quelques-unes des convictions qui guident mon travail. Elles ne sont pas des vérités absolues — elles sont le fruit de ma formation, de ma pratique clinique, de mes propres réflexions.
Tout le monde parle de sexe, personne ne parle de l’intime
Une difficulté dans la sexualité n’a rien d’exceptionnel : elle traverse la plupart des vies, à un moment ou à un autre. Mais le quotidien la laisse rarement émerger. Dans la famille, le sujet reste souvent tabou — ou, peut-être, abordé à demi-mot, sur le ton de la blague ou de la mise en garde, mais presque jamais ouvertement. Dans la relation, c’est plus paradoxal encore : souvent, plus on est proche et attaché·e, moins on ose s’exposer — par peur de blesser l’autre, ou de l’inquiéter. Et entre ami·es, on l’effleure, on en rit, sans jamais y toucher en profondeur.
Car ce qui circule, partout, ce sont des exploits, des performances, une image. Et tout cela renforce la même chose : l’idée qu’il existerait une norme à laquelle se conformer. Pendant ce temps, les vraies difficultés, les sensations intimes, ce qui se vit réellement dans le corps et dans la relation restent, eux, presque invisibles. On finit par se mesurer à un modèle — et par croire qu’on est seul·e à ne pas y correspondre.
La sexualité n’est pas une performance
La sexualité n’est pas un examen que l’on réussit ou échoue. Elle n’est pas non plus un standard auquel il faudrait se conformer. Elle est un espace d’expérience, de rencontre, de sensations — qui évolue, change, traverse des périodes différentes. Ce qui compte, ce n’est pas d’être « bon·ne au lit ». C’est de pouvoir être présent·e, consentant·e, en lien avec soi et avec l’autre.
Le corps a une intelligence propre
Quand le corps répond d’une façon inattendue — qu’il se bloque, qu’il refuse, qu’il réagit fortement — il ne trahit pas. Il communique. Il parle d’une histoire, d’une expérience, d’un besoin. Apprendre à l’écouter plutôt qu’à le forcer est souvent l’un des premiers pas du travail thérapeutique.
La sexualité est liée à tout le reste
La sexualité n’existe pas dans une bulle. Elle est influencée par l’état de santé, le stress, les relations, l’histoire personnelle, les croyances, la culture, les expériences passées. Comprendre une difficulté sexuelle, c’est souvent comprendre quelque chose de plus large sur la personne — et c’est aussi pour cela que l’accompagnement sexologique est souvent riche et profond.
On ne part pas tou·tes du même endroit
Une difficulté intime ne se vit jamais hors-sol. Venir d’un autre pays, d’une autre culture, d’un milieu plus modeste, vivre avec une maladie, ou porter les injonctions liées au genre et à l’orientation — qui pèsent sur les femmes comme sur les hommes — : tout cela ajoute un poids que chacun·e ne porte pas à égalité. Ces réalités ne créent pas à elles seules les difficultés sexuelles, mais elles en changent la charge, et la façon d’en parler. En tenir compte, c’est ce que j’appelle une approche située : accompagner chaque personne depuis là où elle se tient réellement, et non depuis une norme qui supposerait qu’on démarre tou·tes au même point.
Il n’y a pas de sexualité « normale »
Ce qui est « normal » est une construction sociale qui varie selon les époques et les cultures. Ce qui compte davantage : est-ce que cette sexualité est vécue librement ? Est-elle respectueuse de soi et de l’autre ? Permet-elle du plaisir, de la connexion, ou ce que la personne recherche dans ce domaine ?
Pour aller plus loin : La statistique n’est pas la science — pourquoi comparer un vécu à une moyenne est précisément ce qui blesse, et ce qu’est une sexologie vraiment rigoureuse.
La honte n’aide pas
La honte autour de la sexualité est l’un des obstacles les plus fréquents dans mon travail. Elle empêche de parler, de consulter, de comprendre, de changer. Créer un espace sans jugement — où ce qui est dit reste entre nous, où rien n’est choquant, où toutes les questions sont recevables — est l’une de mes priorités.
Le changement est possible
Je crois profondément que les personnes peuvent changer leur rapport à leur corps, à leur sexualité, à leurs relations. Pas toujours de la façon dont elles l’imaginaient au début. Mais d’une façon qui leur ressemble davantage, qui leur permet de se sentir plus libres, plus vivantes, plus en accord avec elles-mêmes.
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