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TDAH et sexualité : ce que la recherche dit vraiment

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L’essentiel

  • Le TDAH ne provoque pas, en lui-même, de dysfonction sexuelle : les données les plus solides ne montrent aucune différence.
  • Le TDAH module l’expérience : désir, attention pendant l’intimité, impulsivité.
  • Désir très intense et désir absent peuvent alterner chez une même personne.
  • La pornographie peut devenir une source de dopamine facile ; des repères précis distinguent l’automédication du trouble installé.
  • Les difficultés d’organisation touchent la santé sexuelle : contraception, matériel de protection, rendez-vous médicaux reportés.
  • L’impulsivité peut nourrir une peur de l’infidélité ; elle se travaille par la parole explicite dans la relation.
  • La sensibilité au rejet rend les retours de l’autre difficiles à recevoir ; l’autorégulation précède toujours la technique de communication.
  • Devenir parent révèle souvent le TDAH, surtout chez les femmes ; le post-partum demande une vigilance particulière.
  • Les effets des traitements sur la sexualité varient selon la molécule et la personne : cela s’ajuste avec le·la médecin.
  • Lecture : 15 min.

Le TDAH est souvent décrit par ses effets sur le travail, les études ou l’organisation du quotidien. La sexualité, elle, reste largement absente des consultations et des articles grand public. Pourtant, les personnes concernées décrivent des expériences intimes spécifiques : un désir qui fluctue fortement, une attention qui s’échappe au milieu d’un rapport, une impulsivité qui colore les rencontres. Cet article fait le point sur ce que la recherche permet d’affirmer, ce qu’elle suggère, et ce qu’elle ne dit pas.

La mécanique sexuelle fonctionne

Commençons par le résultat le plus contre-intuitif. La première revue systématique consacrée à la sexualité des personnes TDAH, publiée en 2020 par l’équipe de Lorenzo Soldati aux Hôpitaux Universitaires de Genève, aboutit à un constat de prudence : les données sont rares et les études de petite taille. Les participant·es TDAH y déclarent davantage de dysfonctions sexuelles et moins de satisfaction que la population générale, mais ces résultats restent fragiles, et rien ne démontre que le TDAH provoque, en lui-même, des troubles de l’érection, de la lubrification, de l’orgasme ou du désir.

Une étude allemande de 2022 (Hertz et collègues, université de Mayence) apporte un résultat plus tranché. En comparant 139 adultes TDAH à 76 adultes sans TDAH, les chercheur·euses n’ont trouvé aucune différence sur les dysfonctions sexuelles ni sur les conduites sexuelles à risque.

C’est une information importante à double titre. D’abord parce qu’elle contredit une intuition clinique répandue : beaucoup de professionnel·les présument que les difficultés attentionnelles « débordent » forcément sur la fonction sexuelle. Ensuite parce qu’elle déplace la question. Le corps sait faire. C’est l’expérience vécue qui porte la couleur du TDAH.

Ce que le TDAH module : désir, attention, impulsivité

Un désir qui fonctionne par vagues

De nombreuses personnes TDAH décrivent une alternance entre des périodes de désir très intense, parfois envahissant, et des périodes d’absence quasi totale d’élan sexuel. Ces deux réalités coexistent souvent chez la même personne, selon les périodes de vie, le niveau de stress, la charge mentale ou l’intérêt porté à la relation. Cette alternance peut générer de l’incompréhension dans la relation : le ou la partenaire voit la personne passer de tout à rien, sans clé de lecture pour ces fluctuations.

Ce fonctionnement par vagues reflète une caractéristique plus générale du TDAH : la régulation de la motivation et de l’intérêt se fait par pics plutôt que de façon linéaire. Le désir sexuel, comme les autres formes d’élan, suit cette logique et fluctue avec elle.

L’attention pendant l’intimité

C’est probablement le vécu le plus fréquemment rapporté en consultation, et le moins étudié. Perdre le fil pendant un rapport, être traversé·e par une liste de courses ou un souvenir de réunion au moment le moins opportun : ces expériences génèrent souvent de la honte, et parfois des malentendus dans la relation. Le ou la partenaire peut interpréter la distraction comme un désintérêt, alors qu’elle relève du fonctionnement attentionnel. En clinique, deux situations reviennent particulièrement. La première est la difficulté à s’y mettre : absorbée par l’activité en cours, la personne n’a pas envie de s’interrompre pour passer à l’intimité, même quand le désir existe par ailleurs. La seconde est le besoin d’une stimulation intense et constante pour maintenir l’attention pendant le rapport, avec les stratégies qui y répondent : parole continue, parfois mots crus ou gestes brusques, recherche de nouveaux partenaires ou de nouvelles pratiques, ou pratiques pouvant aller vers le BDSM, qui fournit un signal sensoriel fort et prenant.

Nommer ce phénomène change beaucoup de choses. La distraction relève d’une caractéristique attentionnelle, et une caractéristique attentionnelle s’aménage : contextes sensoriels choisis, communication explicite, variété des stimulations.

L’hypersexualité : un lien documenté, à manier avec précaution

C’est le résultat le plus solide de la littérature récente. L’étude de Hertz (2022) montre que les adultes TDAH rapportent significativement plus de comportements hypersexuels que les adultes sans TDAH. Une vaste étude hongroise (Bőthe et collègues, 2019), menée auprès d’environ 14 000 personnes hors contexte de soins, confirme une association positive et modérée entre symptômes de TDAH et hypersexualité, chez les hommes comme chez les femmes. Le fait que cet échantillon soit non clinique compte : le lien ne tient pas seulement chez des personnes déjà en demande d’aide.

Chez les femmes TDAH, l’étude allemande apporte une précision intéressante : les comportements hypersexuels sont étroitement liés à la dysrégulation émotionnelle et à l’impulsivité. Autrement dit, la sexualité peut devenir un outil de régulation, une façon de faire baisser une tension interne, de retrouver du calme ou de la stimulation.

La pornographie comme distributeur de dopamine

L’étude de Bőthe s’est aussi penchée sur l’usage problématique de pornographie. Le lien avec les symptômes de TDAH y apparaît nettement, avec une association plus marquée chez les hommes.

Ce résultat s’éclaire par le fonctionnement du circuit de la récompense dans le TDAH. Le cerveau TDAH cherche activement des sources de stimulation rapides et renouvelables. La pornographie en ligne coche toutes les cases : accès immédiat, nouveauté infinie, pic de dopamine à chaque contenu. Elle peut ainsi glisser du statut de plaisir choisi à celui de distributeur automatique, consulté par ennui, par procrastination ou pour réguler une tension, davantage que par désir.

Le critère utile reste le même que pour l’hypersexualité : le coût. Un usage qui empiète sur le sommeil, le travail ou la sexualité partagée, qui laisse un sentiment de perte de contrôle ou qui remplace ce qu’on voudrait vivre autrement mérite d’être regardé. Un usage choisi, satisfaisant et compatible avec le reste de la vie relève du répertoire sexuel ordinaire.

Organisation, oublis et santé sexuelle

Les conséquences sexuelles du TDAH passent aussi par un chemin beaucoup plus prosaïque que le désir ou l’impulsivité : l’organisation. Les études longitudinales documentent chez les personnes TDAH un usage moins régulier de la contraception, davantage d’infections sexuellement transmissibles et de grossesses non planifiées (Flory et collègues, 2006 ; Barkley et collègues, 2006). Ces travaux parlent de « prise de risque », un vocabulaire qui suggère un choix. En consultation, le mécanisme est souvent tout autre : l’écart entre l’intention et l’exécution. La pilule qu’on avait l’intention de prendre, les préservatifs qu’on avait l’intention de racheter, le renouvellement d’ordonnance qu’on avait l’intention de demander. L’intention existe, la mémoire prospective ne la transforme pas en acte.

Le même mécanisme touche le soin, et c’est la partie la moins documentée. Le frottis repoussé d’année en année, la douleur pendant la pénétration jamais explorée, le bilan d’infections sexuellement transmissibles toujours « à faire », la consultation gynécologique ou urologique annulée puis jamais reprogrammée. Des inconforts physiques qui auraient pu être traités s’installent, deviennent chroniques, et finissent par peser sur la sexualité bien plus que le TDAH lui-même. La conséquence sexuelle vient ici du soin qui n’a pas eu lieu.

Formulé ainsi, le problème devient travaillable. Rien ici ne relève de l’irresponsabilité ou du manque de soin pour soi. Les réponses passent par des systèmes externalisés plutôt que par un effort de volonté : rappels automatiques, achats en quantité pour ne plus dépendre du bon moment, prise de rendez-vous groupée, contraception dont l’efficacité ne repose pas sur une action quotidienne, une piste à évoquer avec un·e gynécologue. Le·la sexologue a ici un rôle simple et utile : poser la question des rendez-vous reportés, que personne ne pense à poser.

L’impulsivité et la peur de l’infidélité

L’impulsivité du TDAH s’invite parfois dans un registre plus sensible : la fidélité. Agir avant de réfléchir, répondre à une opportunité de flirt, envoyer un message qu’on regrette dix minutes plus tard : cette exposition à l’impulsion peut être vécue, par la personne elle-même ou par son ou sa partenaire, comme un risque accru d’infidélité.

Distinguons le vécu des faits. La recherche documente l’impulsivité et la recherche de sensations dans le TDAH ; elle établit un lien avec les comportements sexuels impulsifs, et le passage à l’infidélité reste une trajectoire individuelle, jamais une fatalité du diagnostic. L’impulsivité expose à l’occasion ; les valeurs, les engagements et les stratégies de la personne décident de la suite.

En revanche, la peur elle-même mérite d’être prise au sérieux, dans les deux sens. La personne TDAH peut porter une anxiété réelle de « déraper », qui pèse sur son estime et sa spontanéité, ou la culpabilité de dérapages passés, qui continue de peser longtemps après les faits. Le ou la partenaire peut vivre une insécurité diffuse, alimentée par les récits sur le TDAH davantage que par les comportements observés. Dans les deux cas, la réponse passe par la parole explicite : nommer la crainte, définir ensemble ce que l’on range sous le mot fidélité, convenir de garde-fous concrets si besoin (délai avant de répondre à certaines sollicitations, transparence choisie). Certaines personnes font aussi le choix de lever la contrainte de l’exclusivité en s’orientant vers des pratiques ou des choix de vie non monogames, comme le libertinage ou le polyamour. Ce choix demande le même travail d’accords explicites. L’impulsivité se travaille très bien quand elle cesse d’être un secret honteux pour devenir un paramètre connu dans la relation.

La sensibilité au rejet et la parole dans la relation

La dysrégulation émotionnelle est aujourd’hui considérée comme une dimension centrale du TDAH adulte, et non comme un simple effet secondaire (Shaw et collègues, 2014). Une de ses expressions les plus coûteuses dans la vie relationnelle concerne la sensibilité au rejet : une remarque, un reproche ou un silence sont reçus avec une intensité disproportionnée, et touchent directement l’estime de soi plutôt que le comportement visé. La formule « dysphorie sensible au rejet », très répandue dans les contenus communautaires, vient d’un psychiatre américain (William Dodson) et ne figure ni dans le DSM-5 ni dans la CIM-11 ; elle ne dispose pas d’échelle validée ni de données de prévalence. Le phénomène qu’elle décrit est bien réel ; le terme, lui, reste une proposition clinique.

Dans la relation, cette réactivité rend la parole difficile, y compris sur la sexualité. Un retour sur un geste, un rythme ou une préférence est entendu comme un verdict sur la personne entière, et la conversation s’arrête avant d’avoir commencé. Le ou la partenaire finit par ne plus rien dire pour éviter la crise, ce qui installe le non-dit exactement là où l’explicite serait le plus utile. Trois temps permettent de sortir de cette impasse, et l’ordre compte. D’abord la prise de conscience de sa propre réactivité, par le repérage des signes corporels précoces, avant l’interprétation. Ensuite des techniques d’autorégulation courtes, de trois à cinq minutes : respiration lente, délai convenu avant de répondre, nommer la sensation avant l’interprétation. Enfin seulement, une technique de communication apaisante à deux, avec un temps de pause structuré dont la durée est annoncée et la reprise garantie. Installer le protocole de communication avant la régulation le condamne au premier pic émotionnel.

Ce travail ne prend son sens que si les deux personnes le souhaitent, et il porte sur les particularités de chacun·e. Le TDAH n’est pas la seule chose à accommoder : l’autre a aussi ses besoins de rythme, de clôture après un conflit, ses sensibilités propres. Chacun·e nomme ce qui lui coûte et ce qui l’aide, on choisit à deux ce qu’on retient, et ce qui a été convenu se réexamine quand la vie change, sans que cela signe un échec. Une personne garde le droit de refuser une adaptation qui lui coûte trop ; le refus oblige simplement à chercher une autre solution. La Grammaire de l’intimité fait ce travail pour le toucher et les préférences ; la même logique s’applique à la communication. Reste un point à poser clairement : la réactivité explique la difficulté à recevoir un retour, elle ne rend pas le reproche illégitime. L’objectif est que la parole redevienne possible dans les deux sens. Ces dynamiques sont développées dans l’article consacré au couple TDAH.

Devenir parent avec un TDAH

La parentalité est l’un des grands révélateurs du TDAH, en particulier chez les femmes. Une cohorte danoise portant sur environ 364 000 mères (Madsen et collègues, 2025) montre que les nouveaux diagnostics de TDAH chutent pendant la grossesse, restent bas les deux premières années après la naissance, puis dépassent nettement le niveau d’avant la grossesse entre 2 et 5 ans après l’accouchement. Le scénario derrière ces courbes est bien connu en consultation : la parentalité met les fonctions exécutives à rude épreuve, la privation de sommeil amplifie et démasque les symptômes, et la charge mentale croissante rend les stratégies de compensation intenables. Beaucoup de femmes découvrent ainsi leur TDAH à l’occasion de leur premier enfant.

Le post-partum concentre les risques. Dans une étude suédoise sur registre portant sur plus de 770 000 naissances (Andersson et collègues, 2023), près de 17 % des femmes avec un TDAH diagnostiqué avant la grossesse ont présenté une dépression post-partum, contre 3,3 % des femmes sans TDAH, et 25 % une anxiété post-partum, contre 4,6 %. Le TDAH y pèse plus lourd que la plupart des facteurs de risque établis, ce qui plaide pour un suivi maternel renforcé chez les femmes concernées. S’ajoute la question du traitement : l’arrêt fréquent des stimulants pendant la grossesse laisse la personne sans son appui habituel, au moment précis où la demande sur les fonctions exécutives explose.

La paternité TDAH reste, elle, un angle mort de la recherche : les études disponibles portent surtout sur les pères d’enfants TDAH, beaucoup moins sur le vécu des pères concernés eux-mêmes. Des données canadiennes récentes suggèrent pourtant que le TDAH paternel s’accompagne aussi d’une hausse de l’anxiété et de la dépression dans la période post-natale. Le sujet mérite d’être posé en consultation pour les deux parents.

Orientation, genre et BDSM : ce que les données disent, et ce qu’elles ne disent pas

Les personnes TDAH rapportent plus souvent une orientation non hétérosexuelle ou une identité de genre minoritaire que la population générale. Chez des étudiant·es américain·es (Orantes, Hartung et collègues, 2025), 14,5 % des personnes appartenant à une minorité sexuelle rapportaient un diagnostic de TDAH, contre 7,5 % des personnes hétérosexuelles ; l’écart était encore plus marqué pour les minorités de genre (23,9 % contre 8,6 % des personnes cisgenres). Une étude indienne de 2025 retrouve le même ordre de grandeur. Cette association est démontrée et répliquée ; elle n’est pas expliquée. Aucune étude n’établit de mécanisme, de causalité ni de sens : le TDAH ne détermine pas l’orientation, l’orientation ne cause pas le TDAH, et un facteur commun aux deux reste possible.

Pour le BDSM, évoqué plus haut comme réponse possible au besoin de stimulation, le lien reste au stade de l’hypothèse plausible. Les pratiquant·es BDSM présentent en moyenne des scores de recherche de sensations plus élevés que la population générale (Schuerwegen et collègues, 2022), un trait également surreprésenté dans le TDAH ; le pont est cohérent, mais aucune donnée de prévalence ne quantifie le lien à ce jour. Une thèse de doctorat américaine (Borneman, 2024), menée auprès de femmes TDAH pratiquant le BDSM, décrit ces pratiques comme stratégie adaptative, via la structure, les rôles explicites, l’input sensoriel intense et la régulation émotionnelle. Un travail exploratoire, sans groupe contrôle, qui ouvre une piste sans la démontrer.

Désir élevé ou trouble ? La distinction qui change tout

Ici, un point de vocabulaire s’impose, parce qu’il conditionne tout le reste.

Un désir sexuel élevé, une sexualité très active, une vie fantasmatique riche : tout cela appartient à la diversité des sexualités humaines. Le diagnostic existe ailleurs. La Classification internationale des maladies (CIM-11) reconnaît depuis 2018 un « trouble du comportement sexuel compulsif » (code 6C72), avec des critères exigeants : une incapacité répétée à contrôler des impulsions sexuelles intenses, pendant au moins six mois, avec une détresse significative ou un retentissement sur la vie quotidienne. La CIM-11 le classe dans les troubles du contrôle des impulsions, à distance du modèle de l’addiction, et exclut explicitement du diagnostic la sexualité intense qui dérangerait seulement l’entourage ou les normes sociales.

La question clinique utile se formule ainsi : est-ce que ma sexualité me coûte quelque chose ? Est-ce que je la choisis, ou est-ce qu’elle s’impose à moi ? Est-ce qu’elle sert à réguler des émotions que je n’arrive pas à traverser autrement ?

Concrètement, voici les repères qui distinguent un usage de régulation, l’« automédication » dopaminergique décrite plus haut, d’un trouble installé :

  • Perte de contrôle : des tentatives répétées de réduire ou d’arrêter, qui échouent (critère central de la CIM-11).
  • Centralité croissante : la sexualité ou la pornographie devient le centre de la vie, au point de délaisser la santé, le sommeil, les activités sociales et professionnelles ou les autres centres d’intérêt (critère CIM-11).
  • Poursuite malgré les conséquences : le comportement continue alors qu’il abîme la relation, le travail ou les finances (critère CIM-11).
  • Satisfaction en berne : le comportement se poursuit alors qu’il procure peu ou plus de plaisir (critère CIM-11).
  • Accoutumance : il faut toujours plus d’intensité, de fréquence ou de nouveauté pour obtenir le même effet. Ce repère vient du modèle addictif ; la CIM-11 classe le trouble ailleurs, mais il reste cliniquement parlant.
  • Durée et détresse : le schéma est installé depuis au moins six mois et génère une souffrance marquée (critère CIM-11).

L’usage d’automédication, lui, reste flexible. Il fluctue avec le niveau de stress, laisse la place aux autres activités, et diminue de lui-même quand d’autres sources de régulation deviennent disponibles. Il signale un besoin à entendre, davantage qu’un trouble à traiter.

Pour une personne TDAH, ces repères méritent d’être posés avec une grille adaptée. Ce qui ressemble à de la compulsion peut être de l’impulsivité, de la recherche de stimulation ou de la régulation émotionnelle. Les réponses cliniques diffèrent dans chaque cas.

Où en êtes-vous ? Pour situer votre propre usage de la pornographie, un outil d’auto-évaluation gratuit et anonyme croise le questionnaire PEACCE et les 5 critères cliniques : faire le test (3 min).

Et les traitements médicamenteux ?

Les données sur les effets des traitements du TDAH sur la sexualité sont trop minces pour affirmer quoi que ce soit de général. Une raison simple explique cette variabilité : l’effet dépend à la fois de la molécule et de la personne. Certaines personnes rapportent une baisse de libido sous traitement. D’autres décrivent une amélioration de leur vie intime, souvent parce qu’une meilleure régulation attentionnelle leur permet d’être plus présent·es pendant les rapports. La même molécule peut produire l’un ou l’autre selon les individus.

La conséquence pratique est directe : la médication s’ajuste avec votre médecin ou votre psychiatre. Un changement de molécule, de dosage ou d’horaire de prise peut parfois tout changer. Un impact sur la sexualité constitue un motif de consultation pleinement valable, au même titre que le sommeil ou l’appétit. Les médecins abordent rarement ce sujet d’eux-mêmes ; c’est donc souvent à vous de le poser sur la table, et vous êtes dans votre droit le plus strict en le faisant.

Penser aussi aux comorbidités et à leurs traitements

Le TDAH voyage rarement seul. Anxiété, dépression, trouble de stress post-traumatique, addictions : ces conditions fréquemment associées ont chacune un impact documenté sur le désir et l’excitation. Une baisse de libido attribuée au TDAH ou à son traitement peut en réalité venir d’une dépression sous-jacente, d’une anxiété qui maintient le système nerveux en alerte, ou d’un vécu traumatique qui rend l’abandon difficile. Les addictions ont un double effet : la substance elle-même agit sur la fonction sexuelle (l’alcool et le cannabis en sont les exemples les plus courants), et la dynamique addictive peut capter le circuit de la récompense au détriment de la sexualité, sur le même mécanisme de recherche de stimulation que décrit plus haut pour la pornographie.

Les traitements de ces comorbidités comptent tout autant. Les antidépresseurs, en particulier les ISRS, sont connus pour diminuer le désir, retarder l’orgasme ou atténuer les sensations chez une partie significative des personnes qui les prennent. Si vous cumulez un traitement du TDAH et un antidépresseur, démêler l’effet de chacun demande un regard médical, et cela vaut la conversation.

Enfin, pour les personnes qui cumulent TDAH et TSA, l’hypersensibilité sensorielle ajoute sa propre couche : un toucher, une odeur ou une texture peuvent court-circuiter l’excitation indépendamment du désir. Ce paramètre sensoriel mérite d’être exploré pour lui-même, en séance comme dans l’intimité.

Ce que cela change en accompagnement

Un accompagnement sexologique adapté au TDAH part du fonctionnement réel de la personne et construit à partir de là.

Concrètement, cela peut passer par une cartographie fine de ce qui active et de ce qui freine le désir, par un travail sur la communication explicite dans la relation, ou par la mise en place d’aménagements sensoriels et contextuels qui soutiennent la présence pendant l’intimité. Quand la sexualité est devenue un outil de régulation émotionnelle coûteux, le travail porte sur l’élargissement du répertoire de régulation, en laissant le comportement trouver sa juste place de lui-même.

Le point de départ reste le même : votre fonctionnement est un terrain à connaître. Pour la suite, cette série continue avec cinq leviers concrets et leurs adaptations TDAH, puis avec les cinq dynamiques du couple TDAH : sensibilité au rejet, dynamique parent-enfant, hyperfocus, impulsivité et distractibilité.


Sources

  • Soldati L. et al. Sexual Function, Sexual Dysfunctions, and ADHD: A Systematic Literature Review. The Journal of Sexual Medicine, vol. 17, n° 9, 2020. Lire l’étude
  • Soldati L., Bolmont M. Sexualité chez les sujets souffrant d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Revue Médicale Suisse, n° 686, 2020 (en français). Lire l’article
  • Hertz P.G. et al. Sexuality in Adults With ADHD: Results of an Online Survey. Frontiers in Psychiatry, 2022. Lire l’étude
  • Bőthe B. et al. Investigating the Associations of Adult ADHD Symptoms, Hypersexuality, and Problematic Pornography Use. The Journal of Sexual Medicine, vol. 16, n° 4, 2019. Lire l’étude
  • Flory K., Molina B.S., Pelham W.E., Gnagy E., Smith B. Childhood ADHD predicts risky sexual behavior in young adulthood. Journal of Clinical Child & Adolescent Psychology, vol. 35, n° 4, 2006. Lire l’étude
  • Barkley R.A. et al. Young adult outcome of hyperactive children: adaptive functioning in major life activities. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, vol. 45, n° 2, 2006. Lire l’étude
  • Shaw P., Stringaris A., Nigg J., Leibenluft E. Emotion Dysregulation in Attention Deficit Hyperactivity Disorder. The American Journal of Psychiatry, vol. 171, n° 3, 2014. Lire l’étude
  • Madsen K.B. et al. Maternal ADHD Diagnoses Before and After Childbirth: A Danish Population-Based Cohort Study. Journal of Attention Disorders, 2025. Lire l’étude
  • Andersson A. et al. Depression and anxiety disorders during the postpartum period in women diagnosed with attention deficit hyperactivity disorder. Journal of Affective Disorders, vol. 325, 2023. Lire l’étude
  • Associations between self-reported ADHD symptoms and depression and anxiety in mothers and fathers during the postpartum period: A Canadian nationwide longitudinal study. Journal of Affective Disorders, 2025. Lire l’étude
  • Orantes D., Hartung C.M. et al. Self-reported Lifetime ADHD Diagnosis and Sexual and Gender Minority Identities in College Students. Journal of Gay & Lesbian Mental Health, 2025. Lire l’étude
  • Schuerwegen A. et al. The psychology of kink: a survey study investigating stigma and psychological mechanisms in BDSM. European Psychiatry, 2022. Lire l’étude
  • Borneman L. The Intersection of ADHD and BDSM Engagement in Heterosexual Women. Thèse de doctorat, 2024 (littérature grise, travail exploratoire).
  • OMS, CIM-11, code 6C72 : trouble du comportement sexuel compulsif. Voir la page Wikipédia
  • HAS. Trouble du neurodéveloppement / TDAH : repérage, diagnostic et prise en charge des adultes. Note de cadrage, 2021 (recommandation en cours d’élaboration, publication attendue en 2026). Consulter la note