Contenu protégé — citation avec attribution requise (CC BY-NC)

Je ne trouve plus mon·ma partenaire attirant·e : comprendre avant de conclure

Regard clinique · Sexologie

Je ne trouve plus mon·ma partenaire attirant·e : comprendre avant de conclure

Derrière cette phrase difficile à avouer se cachent des situations très différentes. Les distinguer change tout.

L’essentiel

  • L’attirance n’est pas figée : elle fluctue avec le temps, le lien et le contexte, et elle se travaille.
  • Derrière « je ne le·la trouve plus attirant·e » se cachent des situations très différentes, qui ne se traitent pas pareil.
  • La fixation sur un détail du corps de l’autre parle souvent d’autre chose que de ce détail.
  • En parler en consultation est possible, sans jugement et sans que cela signe la fin de la relation.

Temps de lecture : 10 minutes

« Je l’aime, mais je ne le·la trouve plus attirant·e. » Cette phrase se dit rarement à voix haute. On ose avouer une baisse de désir, une fatigue, un éloignement. Avouer qu’on ne trouve plus son·sa partenaire beau ou belle semble plus grave, presque interdit. La culpabilité est immédiate : ai-je le droit de penser cela ? Suis-je superficiel·le ? Est-ce que je lui fais du tort rien qu’en le pensant ?

Cette plainte est pourtant fréquente en consultation. Et elle mérite mieux qu’un verdict. La première étape consiste à distinguer ce qui se passe réellement, car plusieurs situations très différentes se cachent derrière la même phrase.


L’attirance qui s’est émoussée

Premier cas de figure : l’attirance était là, elle s’est estompée. Sans dégoût, sans reproche précis. Le corps de l’autre est devenu un paysage familier qu’on ne regarde plus.

La routine, la cohabitation, la charge logistique et la parentalité désérotisent. On voit l’autre en pyjama, malade, en train de gérer les enfants ou les courses. L’intimité fonctionnelle remplace l’intimité érotique. La rancœur accumulée joue aussi : un contentieux non réglé éteint le regard bien plus sûrement que les années.

Cette érosion est réversible dans beaucoup de cas. Elle appelle de la nouveauté, du jeu, des espaces où l’on redevient deux adultes désirants et pas seulement deux gestionnaires du quotidien. Si la baisse d’attirance s’accompagne d’une baisse de désir, l’article « J’aime mon partenaire mais je n’ai plus de désir » prolonge cette lecture.

La plainte ciblée : « tout va bien, sauf… »

Deuxième cas : l’attirance globale est présente, mais un ou plusieurs aspects concentrent l’insatisfaction. Le poids, la texture de la peau, la taille, le style vestimentaire, la forme du nez, une gencive visible. La liste est infinie et toujours singulière.

Une distinction change tout ici : ce trait a-t-il toujours été là, ou est-il apparu ?

Le trait a toujours été là

Le nez, la taille, la gencive visible étaient présents au moment de la rencontre et du choix. La question clinique devient : pourquoi ce détail prend-il autant de place maintenant ? Sa montée en visibilité signe souvent autre chose. Un éloignement ou un ressentiment qui se loge dans le corps de l’autre, faute de pouvoir se dire ailleurs. Une comparaison alimentée par les réseaux sociaux, la pornographie ou le souvenir d’ex-partenaires. Ou parfois une fixation qui tourne en boucle : on vérifie, on scrute, on doute, on revérifie. Quand ce mécanisme envahit les pensées et fait souffrir, il se rapproche de ce que la littérature décrit comme un trouble obsessionnel centré sur la relation. Ce tableau se traite, et il mérite un accompagnement spécifique.

Le trait est apparu ou a changé

Le corps après une grossesse, le vieillissement, une perte de cheveux, des cicatrices, un style vestimentaire qui a changé, les transformations liées à une maladie. Ici, quelque chose de réel s’est modifié : on perd un atout de la personne rencontrée, ou on découvre des caractéristiques qu’on n’a pas choisies.

Ce vécu a droit d’exister. Le deuil de l’image d’origine est légitime, et le nommer sans culpabilité est souvent la première étape pour qu’il ne se transforme pas en reproche silencieux. Trois situations reviennent particulièrement :

  • La parentalité. Le corps de l’autre change en même temps que son rôle. On regarde un parent là où on regardait un·e amant·e, et les deux transformations se renforcent.
  • Le vieillissement partagé. L’autre change, soi aussi. La plainte sur le corps de l’autre porte parfois une angoisse sur son propre corps qui vieillit.
  • La maladie ou l’accident. Le changement n’a été choisi par personne, et la culpabilité de la plainte est alors maximale.

Un repère utile pour la suite : certains aspects sont actionnables (le style vestimentaire, dont on peut parler), d’autres ne le sont pas (un nez, une taille). Cette différence compte au moment de décider quoi en faire.

L’aversion active

Troisième cas, plus rare et plus intense : le dégoût. Une aversion pour le corps de l’autre, une partie de son corps ou certains de ses gestes. Le contact devient difficile, parfois impossible.

Le dégoût est un signal à écouter, pas à forcer. Il protège quelque chose, et comprendre quoi passe avant toute tentative de rapprochement physique. Il vient parfois d’une confiance abîmée, d’un ressentiment profond, ou d’une histoire plus ancienne que la relation. Ce cas appelle presque toujours un travail sur le lien avant tout travail sur la sexualité.

L’attirance n’est pas une donnée objective

Un point d’appui pour toutes ces situations : la perception du physique de l’autre n’est pas neutre. Elle est transformée en permanence par les sentiments et l’attachement, dans les deux sens. Le lien embellit littéralement : on trouve beau ce qu’on aime, et des traits qu’un regard extérieur jugerait ordinaires deviennent précieux. La rancœur enlaidit tout aussi littéralement : le même corps, regardé avec du contentieux, perd son éclat.

Autrement dit, quand l’attirance baisse, le corps de l’autre n’a souvent pas changé autant que le regard porté sur lui. C’est une bonne nouvelle : un regard, ça se travaille. Le lien entre sécurité et désir offre un cadre concret pour identifier ce qui freine et ce qui active, et l’outil profil nerveux et freins permet de faire ce repérage soi-même.

Faut-il le dire ?

Question presque toujours posée en consultation. Il n’existe pas de réponse unique, mais quelques repères :

  • Ce qui est dit ne s’oublie pas. « Tu as grossi », « ton nez me gêne » : la personne visée gardera la phrase, même après réparation. Le coût du dire est durable.
  • Ce qui est tu travaille en silence. L’évitement des rapprochements finit par se voir, et l’autre imagine souvent pire que la réalité.
  • Parler de soi plutôt que du corps de l’autre. « J’ai besoin de retrouver du jeu et de la séduction entre nous » ouvre une porte. « Tu ne fais plus d’effort » la ferme.
  • Réserver le dire à ce qui est actionnable, et le formuler en demande, jamais en verdict.

Quand la parole semble impossible dans les deux sens, l’espace de consultation sert précisément à cela : déposer la plainte sans qu’elle blesse, et chercher ce qu’elle recouvre.

Remettre l’apparence à sa place

L’apparence compte. Le nier serait faux, et culpabiliser quelqu’un de ne plus être attiré n’a jamais rallumé une attirance. Mais l’apparence est un canal parmi d’autres : l’odeur, la voix, la gestuelle, l’humour, la sécurité ressentie en présence de l’autre nourrissent l’attirance autant que le visible. Quand on réinvestit ces canaux, le regard suit souvent.

En parler en consultation

Une baisse d’attirance ne condamne pas une relation, et une plainte sur le corps de l’autre n’est pas une faute. En consultation, ces vécus se déposent sans jugement, et le travail consiste à comprendre ce qu’ils recouvrent avant de décider quoi que ce soit.

Cabinet à Paris 14, Paris 13 ou en téléconsultation

En savoir plus sur mey PSYCHO SEXOLOGUE

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture